Translate - ترجمة

samedi 17 mars 2018

La fabuleuse histoire du Voyage Nocturne et du Bouraq

N.B. Appuyer ICI pour la version optimisée pour les SMARTPHONES

Les références utilisées dans cet article sont disponibles ici :
- Avesta 
- History of Zoroastrianism
- L’HISTOIRE RELIGIEUSE DE L’IRAN
- Man's Religions, John B Noss
Ainsi que d'autres liens qui sont disponibles directement en cliquant sur les mots ou les phrases. 

On lit dans le premier verset de la sourate al-Isrâa 17, une allusion à un voyage au cours duquel le prophète aurait été transporté, sur une monture venue du paradis, entre la mosquée de la Mecque et la mosquée de Jérusalem avant de partir dans les cieux pour faire la rencontre de Dieu dans un endroit appelé "Sidrat al-Mountaha".  Selon la tradition islamique, c'est pendant cette nuit que le prophète a reçu l'ordre des prières quotidiennes, qui étaient au nombre de cinquante au début et qui ont été réduites à cinq par la suite grâce au conseil de Moïse que le prophète de l'islam a rencontré au "sixième ciel". La tradition nous rapporte aussi que cet événement eut lieu trois ans avant l'hégire et peu de temps après le décès de son épouse Khadija.



L'isrâa (voyage entre le Mecque et Jérusalem)

Pour les musulmans, la preuve irréfutable qui montre que le voyage nocturne du prophète Mohammad a vraiment eu lieu est la présence, dans le premier verset de la sourate 17, de l'expression fit voyager Son serviteur, de la Mosquée Al-Ḥarām à la Mosquée Al-Aqṣā, "أَسْرَىٰ بِعَبْدِهِ لَيْلًا مِّنَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ إِلَى الْمَسْجِدِ الْأَقْصَى" mais diverses questions se posent.
Par exemple :

1. Etant donné l'ampleur de l’événement, pourquoi n'y a t-il pas eu d'autres développements dans d'autres versets coraniques plus explicites sur l’événement ? En effet, tous les détails se trouvent dans les exégèses et dans les hadiths.
2. De quelle mosquée al-Aqsa ce verset fait-il mention ? En effet, la mosquée al-Aqşa de Jérusalem n'a été construite que sous le règne du deuxième Calife Omar ibn al-Khattab (et le dôme du rocher sous le règne du Calife Omeyyade Abd al-Malik ibn Marwan).
3. Le mot "serviteur" عَبْدِهِ dans le verset 17:1 fait-il mention au prophète Moḥammad ou bien à une autre personne ?

En effet, la polémique demeure sur un éventuel ajout/changement du verset 17:1 par le Calife Omeyyade Abdelmalik ibn Marwan pour sacraliser la mosquée de Jérusalem aux yeux des croyants. Rappelons qu'à cette époque Jérusalem faisait partie des territoires du Califat Omeyyade mais pas la Mecque qui fut gouvernée par le dessident Abdellah ibn Zoubayr. Le transfert du pèlerinage (al-Haj) de la Mecque vers Jérusalem n'a pas suffit et il y avait des guerres féroces entre les musulmans à cette époque pour le pouvoir politico-religieux. C'est cette même époque qui a connue la révision du Coran par al Hajaj ibn Yousuf Taqafi le général de l'armée du Calife ibn Marwan (d'autres détails sont donnés dans cette vidéo).

Certains islamologues aujourd'hui stipulent que le voyage nocturne serait une légende et que le premier verset de la sourate al-Isrâa17 n'a rien à voir avec le prophète Mohammad et il fait plutôt mention soit à Moïse, soit à Jacob (dont le surnom donné par Dieu est Israël, selon la bible) ou bien aux fils d’Israël (au pluriel).  

La sourate 17 s'appelait "fils d'Israël" aux temps du prophète 

La sourate 17 porte aujourd'hui le nom du "voyage nocturne" ou Isrâa. Mais aux premiers temps de l'islam, cette sourate portait le nom de "Fils d'Israël". En effet, il y a deux hadiths qui montrent cela. Le premier est rapporté par le compagnon Abdullah ibn Massoud (dans sahih al-Bukhari, hadith No 4994) : "Banou Israël, al-Kahf, Maryam, Taha et al-Anbiyaa font partie des toutes premières sourates du Coran et figurent parmi les plus anciennes que j'ai apprises par cœur". Le deuxième hadith est rapporté par Aicha et cité dans at-Tirmidhi No 3402 : « Le Prophète ne dormait pas avant de réciter Banou Israël et Zoumar ».

Même aujourd'hui, des éditeurs du Coran dans certains pays musulmans choisissent le nom "bani Israel" pour la sourate 17 comme on peut le voir sur l'image ci-dessous :

La sourate 17 qui porte le nom de "fils d’Israël"
La rime

Quand on lit la sourate 17 en arabe, on s'aperçoit très vite qu'une rime قافية en "aan" se trouve à la fin de tous les versets et il n'y a que le premier verset qui se termine avec une rime différente !
Une hypothèse stipule que le verset devait originellement se terminer par le mot « nuit » (ليلا), rimant ainsi avec les autres versets de la sourate. Dans ce cas, la deuxième partie du verset serait un ajout postérieur...

Source : Etude de Edouard-M. Gallez et M. Lamsiah intitulée : "Suspicions de manipulation idéologique et codicologie : approche synthétique provisoire"
Le deuxième segment du verset 17:1 (en gris) qui serait un ajout postérieur 

"Son serviteur" ou "Ses serviteurs" ; عَبْدِهِ أو عِبَادِهِ

Dans les premiers manuscrits coraniques, il n'y avait pas de lettre "alif" (أ) sur les mots. Par conséquent, le mot "serviteur" // "عَبْدِهِ" pouvait être prononcé à l'origine "serviteurs" (au pluriel) "عِبَادِهِ". En effet, il y a plusieurs exemples qui montrent que cela est tout à fait possible. Le verset al-Baqara 2:90, qu'on voit sur l'image ci-dessous, montre le mot "serviteur(s)" sur un livre du coran d'aujourd'hui (à droite) et le même verset (à gauche) écrit sur le manuscrit de Samarcande qui est conservé à la bibliothèque de Tachkent en Ouzbékistan. A gauche on voit bien que le mot "serviteur" est au singulier tandis qu'à droite sur le même verset le mot est écrit au pluriel. 

Verset 2:90 Le mot "serviteur" au pluriel (à droite)
et au singulier sur le manuscrit de Samarcande (à gauche)  

Il se peut donc que le mot "serviteur" // "عَبْدِهِ" dans le premier verset de la sourate 17 ait été prononcé au pluriel "عِبَادِهِ" et dans ce cas, les "serviteurs" pouvaient être les fils d’Israël et c'est Moïse qui est le destinataire des paroles de Dieu (dans le verset 17:1).
Ce n'est évidemment qu'une hypothèse, qui peut être fausse, mais il est vrai que dans d'autres versets du coran, Moïse est mentionné dans le cadre d'un voyage nocturne avec son peuple (les fils d’Israël) :

Sourate Dukhan 44:23
"فَأَسْرِ بِعِبَادِي لَيْلًا إِنَّكُم مُّتَّبَعُونَ" ; "Voyage de nuit avec Mes serviteurs; vous serez poursuivis"

Sourate les Poètes 26:52
"وَأَوْحَيْنَا إِلَىٰ مُوسَىٰ أَنْ أَسْرِ بِعِبَادِي إِنَّكُم مُّتَّبَعُونَ" ; "Et Nous révélâmes à Moïse [ceci]: «Pars avec Mes serviteurs, car vous serez poursuivis"

Sourate Taha 20:77
"وَلَقَدْ أَوْحَيْنَا إِلَىٰ مُوسَىٰ أَنْ أَسْرِ بِعِبَادِي فَاضْرِبْ لَهُمْ طَرِيقًا فِي الْبَحْرِ" ; "Nous révélâmes à Moïse: «Pars à la tête de Mes serviteurs, puis, trace-leur un passage à sec dans la mer"

Quand la preuve de la légende du "voyage nocturne" est dans la sourate 17 elle même !

Dans les versets 90 à 93 de la sourate 17, on lit que pour ​accepter éventuellement de se convertir à l'islam, des mécréants défièrent le prophète de les impressionner avec des miracles comme faire jaillir des ruisseaux en abondance dans le désert, faire tomber le ciel sur leurs têtes ou alors ​leur montrer qu'il était capable de monter au ciel. Le prophète répondit : « Gloire à mon Seigneur ! Ne suis-je ​pas ​qu’un être humain-Messager ? » (verset 17:93). 

Par conséquent, le verset 17:1 ne peut pas être une preuve du "voyage nocturne" étant donné que le prophète lui-même dit, qu'en simple mortel, il ne pouvait pas monter au ciel. 

سورة  الإسراء:93
 93. أَوْ تَرْقَىٰ فِي السَّمَاءِ وَلَن نُّؤْمِنَ لِرُقِيِّكَ حَتَّىٰ تُنَزِّلَ عَلَيْنَا كِتَابًا نَّقْرَؤُهُ ۗ قُلْ سُبْحَانَ رَبِّي هَلْ كُنتُ إِلَّا بَشَرًا رَّسُولًا

Verset 17:93 "ou que tu aies une maison [garnie] d’ornements; ou que tu sois monté au ciel. Encore ne croirons-nous pas à ta montée au ciel, jusqu’à ce que tu fasses descendre sur nous un Livre que nous puissions lire». Dis-[leur]: «Gloire à mon Seigneur! Ne suis-je pas qu’un être humain-Messager?»"
 
Le Mi`râj (le voyage depuis Jérusalem vers les "sept cieux" et la rencontre avec Dieu)

Cette ascension céleste retrace les étapes du voyage miraculeux qu'aurait effectué le prophète en une nuit, transporté jusqu'au trône de Dieu. Monté sur une créature venue du Paradis, un cheval ailé du nom d'al-Burâq, il est conduit par l'ange Gabriel de la Mecque à Jérusalem où il célèbre la prière, puis, s'élevant à travers les sept cieux, il rencontre les prophètes qui l'ont précédé depuis Adam jusqu'à Ibrâhîm. Il atteint, seul, le trône divin, point extrême de son ascension. Son périple, au retour, l'emmène aux portes de l'enfer et du paradis.

Considéré tantôt comme un miracle tantôt comme une vision, le voyage nocturne du Prophète constitue une vérité absolue pour les croyants musulmans. Ce qui est, en revanche, moins connu chez ces derniers est que ce récit d'ascension au 7e siècle est juste un exemple parmi d'autres récits similaires qui l'ont précédé dans d'autres cultures.

L'ascension céleste (mi'râj) dans la tradition judéo-chrétienne (المعراج في الثقافة اليهودية و المسيحية)

Dans la culture chrétienne, il n'y a pas que Jésus et Marie qui sont associés à des ascensions célestes. L'ancien testament foisonne d'ascensions ! On peut citer deux grands personnages de la Bible qui, saisis par Dieu, sont emportés vers les cieux.

Le Mi'râj du patriarche Hénok (معراج النبي إدريس) 
Hénok, qui est le prophète Idriss chez les musulmans, est un personnage situé entre Adam et Noé, dans la généalogie du livre de la Genèse. On peut lire dans la Genèse 5,23-24 : « Hénok vécut en tout trois cent soixante-cinq ans. Ayant suivi les voies du Dieu, il disparut car Dieu l’avait enlevé. » .

Mi'râj d'Hénok (prophète Idriss)
Le Mi'râj  du prophète Elie (معراج النبي إلياس)
Dans la bible, le livre des Rois (2 Rois 2,1-15) décrit qu’au lieu de mourir, le prophète Élie (Ilya ou Iliasse en arabe) est emporté au ciel sur un char de feu. D’après la légende, Elie devrait revenir un peu avant la fin des temps pour mourir. 

Mi'râj d'Elie (prophète Illiasse)
L'échelle de Jacob
Un autre personnage biblique très célèbre est aussi associé à une ascension céleste, bien que celle-ci ne soit réalisée que dans un rêve. Il s'agit de Jacob (le prophète Ya'cob pour les musulmans) et sa fameuse échelle.
Vision du Mi'râj de Jacob (prophète Ya'cob)

L'ascension céleste (mi'râj) dans l'Egypte des pharaons (المعراج عند الفراعنة)

Dans les Textes des pyramides, qui constituent le corpus religieux le plus ancien découvert à ce jour en Égypte, il y a plusieurs mentions à des ascensions des rois vers le ciel afin de prendre place parmi les étoiles et les dieux. Le corps du souverain est éternel, car tous ses membres sont assimilés à ceux du dieu Atoum. Seul le visage est rapproché du dieu Anubis, le dieu, à tête de chacal, de la préservation du corps :
Ah Néferkarê,
Tu ne peux donc partir mort, puisque tu es parti vivant [...]. Ton bras est comme celui d'Atoum, tes deux épaules sont comme celles d'Atoum, ton ventre est comme celui d'Atoum, ton dos est comme celui d'Atoum, ta poitrine est comme celle d'Atoum, tes deux jambes sont comme celles d'Atoum,
et ton visage est comme celui d'Anubis (...)
Textes des Pyramides, Pépy II, Chap.213, §§ 134a, 135a-135b

Claude Carrier, Textes des Pyramides de l'Égypte ancienne, Paris, Cybèle, 2009-2010 (Tome III, p. 1405)

Ascension céleste (Mi'raj) du Pharaon depuis sa pyramide
Les textes des pyramides décrivent aussi l’arrivée du Roi vers les portes dans le ciel. Il passe sur une échelle comme Osiris (un dieu du panthéon égyptien ) l’a fait avant lui ou bien via les rayons du soleil. Ce n’est qu’une question de procédure avant que le Roi soit également admis au plus haut cercle des dieux,
§ 1740a-c : « Parole à dire: […] à la porte de la Demeure de l’Âme ; puisses-tu étendre tes mains vers eux quand ils viennent vers toi en s’inclinant ».
§ 751a-b : Parole à dire: Ô N ! Puisses-tu grimper et monter sur la lumière du soleil, car tu appartiens à la demi-lumière qui se trouve dans le ciel polaire.
 § 1252a-f : « Ô Portier du ciel, agis contre ce messager du dieu qui sort ! S’il sort de cette porte occidentale du ciel, utilise pour lui cette porte méridionale du ciel ; s’il sort de cette porte orientale, utilise pour lui cette porte septentrionale du ciel. Le Roi arrive à la porte, par laquelle il est apparemment éclipsé, et déclare qu’il est à la « tête des suivants de Rê ».
D'autres occurrences d'ascensions célestes des Pharaons d'Egypte, extraites des Textes des pyramides, sont détaillées dans un article publié en 1977 dans la revue "The Journal of Near Eastern Studies" par Whitney M. Davis (voir résumé ci-dessous) 

W.M. DAVIS, «The Ascension-Myth in the Pyramid Texts», JNES 36, 1977, pp. 161-179

L'ascension céleste (Mi'râj) dans la Mythologie Sumérienne (المعراج في الميثولوجية السومرية)

En plus de leur transmission orale, les grands mythes mésopotamiens furent aussi écrits sur des tablettes et conservés dans certains temples et palais. La dispersion de ces écritures dans le temps et dans l'espace témoigne de leur importance et de leur popularité. Le mythe qui nous intéresse ici est celui de l'ascension au ciel du roi Etana, roi de la ville Kish qui fut la première ville Mésopotamienne après le Déluge.
N.B. Une vidéo consacrée au déluge sumérien, biblique et coranique est disponible ICI).

Cette légende d'ascension au ciel du roi Etana est connue par de nombreux fragments de tablettes venus de sites différents et conservés aujourd'hui dans les grands musées du monde comme le musée du Louvre ou le British Museum.

Sceau-cylindre : l’ascension céleste du roi Etana sur un aigle
Époque d’Akkad, vers 2340-2150 av. J.-C (Musée du Louvre)
La tablette du Louvre, ci-dessus, décrit un récit où le roi Etana tente désespérément d'obtenir un fils pour lui succéder. Le récit met en scène un serpent et un aigle qui se sont juré amitié jusqu'au jour où l'aigle dévore les petits du serpent. En punition, l'aigle est condamné par les dieux à périr au fond d'un trou. Shamash, le dieu de justice, lui envoie Etana, qui consent à le sauver s'il l'aide à se procurer la plante d'enfantement. Alors, sur ses ailes, l'aigle emporte Etana dans les cieux, mais au seuil du monde divin, Etana retombe sur terre, car l'homme ne peut s'élever jusqu'aux dieux ! 

L'ascension du roi Etana vers le ciel 

L'ascension céleste (Mi'râj) dans le Zoroastrisme ( المعراج في الديانة الزرادشتية )

Dans le Zoroastrisme, il y a au moins trois références à des ascensions d'hommes mortels dans les cieux. Cette religion de l'ancien Iran est la plus ancienne des religions monothéistes, elle doit son nom à son prophète Zarathoustra dont le nom a été transcrit Zoroastre par les Grecs (Ζωροάστρης, Zōroastrēs) et زرادشت par les Arabes. En effet, c'est la première de toutes les religions dans l'Histoire humaine, connues aujourd'hui. Elle est centrée autour d'un Dieu unique (ce Dieu est Ahura Mazda) et c'est la toute première qui évoque des concepts comme, par exemple, le jour du jugement dernier, le paradis et l'enfer, etc. À ce titre, elle va inspirer d'une manière significative la religion hébraïque, le christianisme mais surtout l'islam.

Son créateur, Zarathoustra, aurait vécu il y a 3500 ans dans la région où se trouve le Kurdistan iranien et l’Azerbaïdjan actuels. Dans cet espace-temps, l'écriture n'était pas encore maîtrisée et la doctrine Zoroastrienne, à ses débuts, s'est surtout transmise oralement. Avec le développement de l'écriture, les disciples de Zarathoustra transcrivirent sa doctrine dans des textes sacrés appelés Avesta. Mais, du texte d'origine, seul le quart est arrivé jusqu'à nous. En effet, les manuscrits ont été perdus ou détruits une première fois lors de l'invasion d'Alexandre le Grand (IIIe siècle av. J. -C.) qui fit brûler la bibliothèque du palais de Persépolis et une seconde fois lors de l'invasion islamique ordonnée par le Calife Omar ibn al-Khattab (VIIe siècle ap. J. -C.). Malgré tout, l'équivalent d'un millier de pages sont parvenues jusqu'à nous. Parmi ces textes, on peut citer :

- Gathas : Ce sont des hymnes, attribués à Zarathoustra lui-même qui constituent la première partie de l'Avesta et le cœur de la liturgie zoroastrienne. Rédigés en vieil-avestique, ils se décomposent en dix-sept chants.

- Yasna : Ce sont des recueils de textes récités pendant les cérémonies qui portent le même nom. 

- Yashts : Ils constituent la source d'informations la plus importante sur le Zoroastrisme.

En ce qui concerne les ascensions célestes, la religion zoroastrienne est très riche de mythes et visions sur-naturelles censées dévoiler aux hommes les secrets des cieux.

L'ascension de Zarathoustra (معراج زرادشت)
On lit dans les textes de l'Avesta (Yasna), qu'à trente ans, Zarathoustra pria pour que l'archange Vohu Manah (le mieux gradé des six anges du dieu Ahura Mazda) le bénisse de sa présence (Yasna 44.1). Il ne lui fallut pas attendre longtemps, car Vohu Manah, vint un jour à lui alors qu'il était sur les bords d'une rivière appelée Dâiti. Son désir ardent de rencontrer Vohu Manah s'est accomplit et il aspira par la suite à rencontrer Ahura Mazda lui-même (Yasna 28.6) et à communier avec lui (Yasna 33.6) afin d'avoir une compréhension plus complète de la divinité. Son vœu fut escompté et il se sentit soulevé au-dessus de la terre, et dans ses moments suprêmes d'extase transcendante, il eut la vision béatifique de Mazda (Yasna Y43.5; 45.8.) et reçut la révélation directement de lui à la suite de quoi il créa les bases de sa religion qui furent complétées par d’autres visions.

Zarathoustra le créateur de la religion Zoroastrienne

L'ascension d'Arda-Viraf (معراج أردا فيراف)
Un autre récit très connu chez les zoroastriens est relatif à la vision du sage Arda-Viraf أردافيراف. Il est raconté dans cet ouvrage qu'après l'invasion d'Alexandre le Grand en Perse, la croyance en Ahura Mazda s'affaiblit de plus en plus et que les doctrines hétérodoxes se multiplièrent au point de mettre en danger l'existence même de la religion zoroastrienne. Effrayés par cette décadence, les religieux résolurent d'envoyer un des leurs auprès d'Ahura Mazda pour s'enquérir si les cérémonies religieuses telles qu'elles se pratiquaient plaisaient à Dieu. Leur choix tomba sur un homme connu pour sa grande piété, Arda-Viraf, qui ayant bu une coupe de bang (une boisson qui produit sur le système nerveux un effet stupéfiant ou surexcitant) s'endormit durant sept jours. Son âme s'étant immédiatement séparée de son corps fut reçue à la sortie du monde terrestre par deux anges. Après lui avoir fait traverser le pont Cinvat (c'est le droit chemin "الصراط المستقيم" en islam), ils le menèrent devant Ahura Mazda qui leur ordonna de le conduire dans le Paradis puis dans l'Enfer. Après avoir reçu les instructions de la divinité, l'âme d'Arda-Viraf retourna animer le corps resté sur terre.

Ascension céleste (Mi'râj) d'Arda-Viraf

La conversion du roi Vishtâsp (كاشتاسب)
C'est une légende qui raconte la conversion du roi Vishtâsp au zoroastrisme, à laquelle était dédié un chapitre entier du canon avestique sassanide. Suivant les conseils d’Ahura Mazda, Zarathoustra se rend à la cour de ce roi pour l’inviter à embrasser la religion Mazdéenne. Après l’avoir convaincu de sa bonne foi en guérissant son cheval alezan préféré, il lui révèle les mystères de la fin du monde en lui administrant un narcotique mélangé à du haoma (un « breuvage d'immortalité » chez les Perses). Il lui prodigue ainsi un enseignement indispensable pour gouverner selon la loi et la volonté d’Ahura Mazda et pour combattre ses ennemis.



L'ascension céleste (mi'râj) dans le Manichéisme (المعراج في المانوية)

Le manichéisme est une religion aujourd'hui disparue, dont le fondateur est un Persan qui s’appelait Mani (ou Manès) au IIIe siècle de notre ère. Considéré comme une hérésie chrétienne, elle est en vrai une religion indépendante qui s'appuie sur diverses ressources du christianisme, du zoroastrisme et du bouddhisme. Chaque année, à la fin de février ou au début de mars, au terme d’un jeûne rigoureux d’une trentaine de jours, les disciples de Mani célébraient leur fête majeure, la solennité du Bêma. C'est une fête de deuil et, tout ensemble, de joie. Elle commémore la crucifixion de Mani, mais aussi de l'ascension au ciel qui l'a immédiatement suivie.

Ascension céleste (Mi'râj) de Mani
Pégase dans la mythologie Grecque : Le véritable ancêtre du bouraq islamique ! (أصل بُراق النبي)

Lorsque le héros Persée coupa la tête de la Gorgogne Méduse, le grand Chrysaor surgit avec un cheval ailé du nom de Pégase. Ce nom tire son origine de ce "qu'il était né aux bords des flots d'Océan". Pégase serait donc né aux sources "pégai" de l'Océan, à l’extrême occident, là où habite Méduse. Prenant aussitôt son essor vers la montagne d'Olympe, Pégase se rendit dans le palais du Dieu Zeus qui lui donna pour mission d'être "coursier du tonnerre", c'est à dire de porter la foudre et les éclairs (البَرْق).


Statue de Pégase à la place de la Concorde à Paris
De monture de héros, Pégase devient le compagnon du roi des dieux. En dernier hommage, Zeus décide de le changer en étoiles pour qu’il reste à jamais dans le ciel qu’il a tant parcouru… Une constellation, qui porte son nom, est née !

Origine du mot "Bouraq" dans la tradition islamique
Revenons à la tradition islamique, Le mot « Bouraq » est de la même famille linguistique que le mot arabe برق qui signifie « éclair ». En effet, ibn Mandhûr dans son lexique "lissan al-Arab" (9e siècle), écrivit ceci au sujet d'al-Bouraq :
"والبراق : دابة يركبها الأنبياء - عليهم السلام - مشتقة من البرق", qui signifie : "al-Bouraq est une monture des messagers de Dieu et son nom est dérivé de l'éclair (la foudre)".

On voit donc clairement le rapprochement entre le Bouraq islamique et Pégase le coursier de l'éclair !

البُراق النبوي الشريف

Les représentations et l'impact culturel du Bouraq... de Pégase
Il existe une série de pièces de monnaie antiques, Grecques, Gauloises et Romaines qui représentent Pégase. En époque moderne, on voit le cheval ailé sur les billets de banque avant l'arrivée de l'euro en Italie. Voici quelques exemples : 

Pégase sur des pièces de monnaie antiques et sur les lires italiennes du 20e siècle

Et enfin, les représentations du Mira'j et du prophète sur son "bouraq" ont toujours orné les livres de la tradition islamique, comme on le voit ci-dessous dans cet ouvrage conservé à la Bibliothèque Nationale de France : "Voyage Nocturne du Prophète, Mir Haydar, Mira‘j-nameh, Herât (Afghanistan), 1436."

Le prophète sur son bouraq, en présence de l'ange Gabriel,
à la rencontre des prophètes Noé et Hénok (Idriss)

L'ange Gabriel montrant au prophète le châtiment en Enfer
 pour ceux qui ne donnaient pas l’aumône 

Publié par www.comprendrelislam.com
Abonnez-vous à notre page Facebook : ICI

dimanche 19 novembre 2017

La fabuleuse histoire du déluge de Noé inspirée de l'épopée de Gilgamesh

N.B. Appuyer ICI pour la version optimisée pour les SMARTPHONES

L'histoire du déluge de Noé se trouve presque mot pour mot dans des légendes anciennes de la civilisation sumérienne...

Voir la vidéo ci-dessous :




Publié par www.comprendrelislam.com
Abonnez-vous à notre page Facebook : ICI

mercredi 1 novembre 2017

Tariq Ramadan, un double langage et une double personnalité ?



Extraits des enregistrements vocaux qui circulent sur les réseaux sociaux (VOIR LA VIDÉO CI-DESSOUS) :



Publié par www.comprendrelislam.com
Abonnez-vous à notre page Facebook : ICI

samedi 21 octobre 2017

La fabuleuse histoire de "Dhû-l-Qarnayn" // "ذو القرنين", l'homme bicornu cité dans le Coran

N.B. Appuyer ICI pour la version optimisée pour les SMARTPHONES

Les références utilisées dans cet article sont disponibles ici :

- THE ROMANCE OF ALEXANDER THE GREAT BY PSEUDO-CALLISTHENES, Translated from the Armenian version (5th century)

- Le Roman d'Alexandre, une traduction à partir du grec

- The history of Alexander the Great, being the Syriac version of Pseudo-Callisthenes, (7th century)


Pièce de monnaie ancienne avec la tête
d'Alexandre le Grand, le bicornu...

L'histoire dans la culture islamique

L'histoire de "Dhû-l-Qarnayn" dans la culture islamique est décrite dans la sourate 18 du Coran, Sourate al-Kahf, et elle aurait été révélée au Prophète pendant la période Mecquoise suite à un défi lancé par un noble Mecquois du nom de Nadr ibn al-Harith // "النضر ابن الحارث" (conseillé par des juifs Médinois dont l'objectif était de montrer que le Prophète Mohammad n'était pas un messager de Dieu). Effectivement, Nadr ibn al-Harith aurait publiquement défié le Prophète en l'interrogeant sur ces trois sujets :

1. l'âme // "الروح", 
2. le nombre et l'histoire des "jeunes dormants qui eurent une étrange aventure dans une caverne" (Lire l'article d'ahl al-Kahf ICI) 
3. l'histoire de "l'homme qui parcourut le monde de l'Orient à l'Occident" du nom de Dhû-l-Qarnayn // "ذو القرنين"

Lorsque le Prophète entendit ces questions, il dît qu'il y répondrait le lendemain mais les réponses ne furent révélées que quinze jours après. La révélation tarda parce que le Prophète omit d'ajouter la restriction « si Dieu le veut » après « je répondrai le lendemain» (Source: versets 23 et 24 de la sourate al-Kahf : "وَلَا تَقُولَنَّ لِشَيْءٍ إِنِّي فَاعِلٌ ذَٰلِكَ غَدًا (23) إِلَّا أَن يَشَاءَ اللَّهُ ۚ[...]()24)".
Quinze jours plus tard, l'Ange Gabriel apporta la révélation de la sourate 18 (la Caverne ou Ahl al-Kahf) qui comporta plusieurs récits dont celui de Dhû-l-Qarnayn (versets 83 à 98) :



Mais qui est ce Dhû-l-Qarnayn ? 
Connaitre son identité est un vrai dilemme pour les musulmans, comme nous allons le voir dans cet article. 


L'histoire dans la poésie pré-islamique (الشعر الجاهلي)

Plusieurs poètes arabes de la période préislamique avaient cité, directement ou indirectement, Dhû-l-Qarnayn dans leurs poèmes. Voici quelques exemples :

1. Oumaya ibn abi Salt // "أمية بن أبي الصَّلْت" (mort en 630 ap. J. -C.). Il  fut contemporain du prophète, ne s'est pas convertit à l’islam et dans l’un de ses poèmes, il dit :

"En voulant chercher les commandements de la raison, il a atteint le levant et le couchant... 
et a vu le soleil se coucher dans une source en boue noire" (source en arabe P 236-237)


Certains attribuent ce poème au roi yéminite du Ve siècle Tubba Abu Karab As'ad // "تبع أسعد أبو كرب الحميري" 

2. Le plus célèbre de ses poètes pré-islamiques est sans doute "امرؤ القيس" // Imrou'l Qays (501 - 544 ap. J. -C.)


3. Un autre exemple est dans un poème du roi des Lakhmides de la première partie du 6éme siècle Al-Mundhir ibn al-Maa'e a-Sama'e : 


L'histoire dans la culture chrétienne

Dans le Livre de l'Apocalypse, (versets 20:6-10), 1er siècle de notre ère

L'homme bicornu, Dhû-l-Qarnayn, ne figure pas explicitement dans les évangiles mais l'histoire de Gog et Magog // "يأجوج ومأجوج", étant relâchés le jour du jugement dernier, se trouve bien dans le Livre de l'Apocalypse, versets 20:6-10. Cette écriture date de la seconde moitié du 1er siècle de notre ère.


Dans les lettres de Saint-Jérôme (Ve siècle ap. J. -C.)

Trois siècles plus tard, Saint-Jérôme (347 - 420) ou Jérôme de Stridon, qui est un des pères de l'Eglise latine, écrit un ouvrage les lettres de Saint-Jérôme où il relate des histoires légendaires d'Alexandre le Grand construisant un mur contre les Huns (peuple décrit comme "barbare" originaire de l’Asie centrale qui établit un vaste empire en Europe à partir du IVe siècles ap. J. -C.).


Dans une homélie de Jacques de Saroug (VIe siècle ap. J. -C.)

Un autre récit qui évoque ces créatures et peuples barbares se trouve dans une homélie du fameux Jacques de Saroug // "يعقوب السروجي" sur "Alexandre, le roi fidèle, et sur la porte qu'il établit contre Gog et Magog". Jacques de Saroug (452-521 ap. J.-C.) est l'un des illustres écrivains de la littérature syriaque de tout le Moyen Orient entre le Ve et le VIe siècle.


Une traduction du syriaque à l'anglais de cette homélie se trouve, en appendice, dans le livre publié en 1889 par Sir Ernest Alfred Thompson Wallis Budge, "THE HISTORY OF ALEXANDER THE GREAT, being the syriac version of Pseudo Callisthene" (P 163-200)


Ces textes (sur Gog et Magog) figurent aussi dans des variantes de la version grecque du livre de Pseudo Callisthène (voir paragraphe suivant) et il faut les mettre en liaison avec les troubles que l'Europe, l’Asie centrale et le Moyen-Orient ont connus au IVe siècle avec les invasions des Huns, au VIe siècle avec celles des Sabirs, puis à partir du VIIe siècle avec les Khazars.
En effet, les légendes sur la fin du monde et sur les mondes imaginaires étaient très répandues au Moyen Orient et en Europe à cette période.

Dans un récit faussement attribué à Méthode d'Olympe, (VIIe siècle ap. J. -C.)

Inspiré de l'homélie de Jacques de Saroug, un auteur chrétien inconnu publia vers la fin du VIIe siècle un récit appelé "L'Apocalypse du pseudo-Méthode". C'est un récit eschatologique écrit en langue syriaque qui a été faussement attribué à Méthode d'Olympe (un auteur chrétien du IIIe siècle), et dans lequel des histoires de peuples "impurs" qu'Alexander le Grand enfermait dernière des portes sont décrites.
Voici des passages tirés du livre "L'Histoire des MONDES IMAGINAIRES" 


D'autres citations ainsi que la référence du récit de Pseudo Méthode sont données dans le paragraphe suivant.

Dans le fameux livre du Pseudo-Callisthène (à partir du IIIe siècle)  

Le livre de Pseudo-Callisthène est un recueil de légendes concernant les exploits de l’Empereur Alexandre de Macédoine, appelé Alexandre le Grand. C'est un récit égyptien d’expression grecque datant du IIIe siècle de notre ère où on trouve des récits légendaires qui ne figurent pas dans les biographies officielles d'Alexandre le Grand. Les historiographes l'ont appelé Pseudo-Callisthène parce que l'auteur égyptien voulait se faire passer pour le vrai Callisthène, le contemporain et biographe d'Alexandre le Grand !
Ce livre, dans sa version grecque, s’est répandu d’abord en Égypte comme un conte populaire, vers le IIIe siècle ap. J. -C. L'auteur avait pour but évident de rattacher Alexandre à l’Égypte et d’en faire un héros divinisé, héritier d'Ammon, le Dieu égyptien qui portait des cornes de bélier.

Le Dieu Ammon qui est le père d'Alexandre le Grand
selon la légende de Pseudo Callisthène
On apprend aussi dans ce livre qu'Alexandre le Grand, en parcourant la "terre entière" sur laquelle il a manifestement reçu de son Dieu “un accès à toute chose”, trouve d’un côté la source où le soleil se couche, de l’autre le lieu où le soleil se lève, et atteint enfin l’endroit “entre les deux montagnes” où il érige un mur de fer et de cuivre destiné à contenir un peuple barbare. La ressemblance avec le récit Coranique est évidemment frappante.

N.B. Les citations plus bas sont tirées de la traduction en Français à partir du Grec ancien du "Texte L" qui correspondent aux premières versions du roman (IIIe siècle de notre ère).


Alexandre le Grand du côté de l'endroit où se couche le soleil

Le premier voyage d'Alexandre l'amène dans les ténèbres du Pays des Bienheureux, appelé aussi "coucher du soleil", où il manque de découvrir la source d'immortalité. La tradition grecque situe les Bienheureux soit sous terre soit aux "Champs Élysées" qui sont le lieu des enfers où les héros et les gens vertueux goûtent le repos après leur mort selon la mythologie grecque.
Voici des extraits du livre de Pseudo Callisthène sur le coucher du soleil :


Alexandre le Grand du côté du levant

Le second voyage d'Alexandre l'amène au pays du Levant, chez les Brahmanes, un peuple de sages que rien ne sépare de la nature. En effet, les brahmanes sont décrits dans le livre de Pseudo Callisthène comme vivant nus et aucun voile ne les sépare de la création. Ils vivent comme ils sont nés dans des cabanes et des grottes.


Alexandre le Grand du côté du peuple barbare "impur" et la construction du barrage

Un autre "voyage" d'Alexandre le Grand décrit dans le livre de Pseudo Callisthène l'amène dans des endroits inconnus où il rencontre des créatures barbares, impures et hideuses. Ces créatures sont parfois décrites comme étant "en nombre incalculable" et "munies de six mains et de six pieds". D'autre fois, elles sont décrites comme des "hommes en toute chose, à l'exception de la tête semblable à celle du chien", etc.
Ces textes figurent dans les variantes ultérieures à la version originale grecque de Pseudo Callisthène et il faut les mettre en liaison, comme évoqué plus haut, avec les troubles que l'Europe, l’Asie centrale et le Moyen-Orient ont connus au IVe siècle avec les invasions des Huns, au VIe siècle avec celles des Sabirs, puis à partir du VIIe siècle avec les Khazars.

D'autres récits plus tardifs les décrivent comme des peuples « mangeant les bêtes qui rampent sur la terre, les rats, les chiens, les chats, laissant leurs morts sans linceul ni tombeau et trouvant délectable la chair des fœtus avortés ». Ces récits eschatologiques se trouvent dans des manuscrits syriaques de Pseudo Méthode datables vers la fin du VIIe siècle. La version intégrale a été trouvée dans un manuscrit du Vatican (Vaticanus Syriacus 58).
Dans le livre de Pseudo Callisthène présenté ici (traduit par Gilles Bounoure et Blandine Serret), on trouve dans l'appendice III une traduction en Français d'un récit de Pseudo Méthode sur Alexandre et les "peuples impurs" :  



Dans la littérature sumérienne : l'Épopée de Gilgamesh

Qu'est ce qui pouvait germer dans la tête d'un être humain il y a 4000 ans quand il voulait comprendre la disparition du soleil pendant la nuit ? La réponse la plus triviale est que ce dernier disparaît dans un trou qui se situe à l'extrémité de la terre. 

En écrivant son conte légendaire sur Alexandre le Grand, l'auteur égyptien appelé Pseudo Callisthène s'est, sans doute, inspiré d'un autre conte, légendaire aussi, sur la vie du roi sumérien Gilgamesh. Ce conte se trouve dans l'épopée qui porte son nom.

Gilgamesh et son ami Enkidou
L'épopée de Gilgamesh

L’épopée de Gilgamesh est la première oeuvre littéraire qui nous soit parvenue. Elle a été patiemment reconstituée à partir de tablettes en argile et de nombreux fragments rédigés en écriture cunéiforme, une des premières formes d’écriture apparue vers 3000 ans av. J.-C. Elles ont été collectées lors de nombreuses fouilles archéologiques menées à partir du XIXème siècle dans tout le Moyen-Orient.
Leur dispersion dans l’espace et le temps témoigne de l’importance et de la popularité de cette épopée. Ces 12 tablettes sont conservées dans différents musées (comme le British Museum, le musée irakien de Bagdad, le musée de Berlin) et universités (comme celles de Philadelphie et de Yale).

Tablette XI de l'épopée de Gilgamesh

Tablette IX : Gilgamesh à la recherche de l'Immortalité et l'arrivée à la porte du soleil

Après la mort de son ami Enkidou, Gilgamesh réalise que l'homme est par essence mortel. Effrayé par la mort, il entreprend un long et pénible voyage vers l'endroit où vit un certain Outa-Napishtim, le seul survivant du déluge qui a reçu des dieux la récompense de l'immortalité. Gilgamesh espère découvrir auprès de lui le secret de la vie éternelle. Selon la légende, il aurait marché jusqu'au bout du monde et arrive à l'extrémité de la terre là où se trouve la porte par où le soleil se couche (voir vidéo ci-dessous). 


La quête de Gilgamesh prend la forme d’un voyage qui va donc le mener vers l’Au-delà. Elle comporte plusieurs étapes, et le héros doit faire preuve de courage. Le voyage le conduit au-delà des frontières du monde connu. Il lui faut traverser des espaces naturels hostiles à l’homme pour y parvenir et combattre des lions et des monstres.
Quand il arrive à la porte du coucher du soleil, il traverse un très long passage souterrain, plongé dans une profonde obscurité. Cette épreuve fait passer symboliquement le héros de l’ombre à la lumière. A la sortie, il retrouve le soleil et découvre un jardin merveilleux qui évoque un lieu tout à fait paradisiaque


C'est donc dans la mythologie sumérienne et plus exactement dans la tablette IX de l'épopée de Gilgamesh que l'auteur Pseudo Callisthène aurait été inspirée pour écrire ses légendes sur Alexandre le Grand, le voyage d'ouest en est, le coucher et le lever du soleil ainsi que les deux montagnes.

Ressemblances entre le Coran, exégèses et hadiths d'un côté et les légendes de Pseudo-Callisthène, l'Épopée de Gilgamesh et Poésie pré-islamique de l'autre

Peuple sans protection contre le soleil, du côté du levant

Verset 90, sourate al Kahf : "Et quand il eut atteint le Levant, il trouva que le soleil se levait sur une peuplade à laquelle Nous n’avions pas donné de voile pour se protéger"
وَجَدَها أى الشمس تَطْلُعُ عَلى قَوْمٍ لَمْ نَجْعَلْ لَهُمْ مِنْ دُونِها سِتْراً أى: لم نجعل لهم من دون الشمس ما يستترون به من البناء أو اللباس، فهم قوم عراة يسكنون الأسراب والكهوف في نهاية المعمورة من جهة المشرق

: (11e siècle) تفسير البغوي

هم قوم عراة يفترش أحدهم إحدى أذنيه ، ويلتحف بالأخرى

Exégèse d'al-Baghawi (11e siècle)
"C'est un peuple où les gens vivent nus, ils dorment sur une oreille et se couvrent avec l'autre"

Exégèse d'ibn Kathir (14e siècle) : 
"Quant il [Dhû-l-Qarnayn] eut atteint l’endroit où le soleil se lève, il trouva un peuple qui était sans abri : ses membres n’habitaient pas dans des demeures, il n’y avait plus d’arbres pour s’abriter à leur ombre, et rien ne les protégeait contre la chaleur. Sa’id Ben Joubayr disait d'eux qu’ils étaient de petite taille, de peau rouge, qu'ils habitaient dans des grottes et que les poissons étaient leur seule nourriture."

Dans Pseudo Callisthène, après avoir tué Pôros le roi des Indes, Alexandre le Grand se dirige encore vers l'est où il fait la rencontre d'un peuple de sages vivant au "pays où le soleil se lève" :

Pseudo Callisthène, version grecque (IIIe siècle), P 94-95 et arménienne (V siècle), P121-122 :
"Puis Alexandre les vit eux mêmes, vivant entièrement nus dans des cabanes et des grottes. [...], "

Pseudo Callisthène, version syriaque (VII siècle), P148 :
"Puis, Alexandre et ses troupes montèrent entre la mer fétide et la mer brillante jusqu'à l'endroit où le soleil entre dans la fenêtre du ciel; car le soleil est le serviteur du Seigneur, et il ne cesse de voyager jour et nuit. Le lieu du lever du soleil est sur la mer, et les gens qui y habitent, quand il est sur le point de se lever, fuient et se cachent dans le mer, afin qu'ils ne soient pas brûlés par ses rayons; et il traverse au milieu des cieux à l'endroit où il entre dans la fenêtre du ciel; [...], et dès qu'ils voient le soleil passer, les hommes et les oiseaux s'enfuient devant lui et se cachent dans les grottes, car les roches sont fondues par sa chaleur ardente [...]. Et quand le soleil entre dans la fenêtre du ciel, il s'incline tout de suite et se prosterne devant Dieu son Créateur; et il voyage et descend toute la nuit à travers les cieux, jusqu'à ce qu'il trouve enfin, lui-même, l'endroit pour qu'il se lève" (Traduit de l'anglais)

«Il y trouva un peuple qui maîtrisait à peine le langage des humains»

D'après les versets 93 et 94 de la sourate al-Kahf, Dhû-l-Qarnayn arriva à une gorge formée par deux chaînes de montagnes et il y trouva des gens qui ne maîtrisaient pas le langage. Ce sont ces gens qui lui demandèrent de construire le barrage contre Gog et Magog. 
وجد من دون السدّين قوما لا يكادون يفقهون قول قائل سوى كلامهم
Exégèse d'ibn Kathir (14e siècle) :
"A cause de leur éloignement des autres peuples et dont le langage était incompréhensible"

"Puis, au bout de trois jours de marche, Alexandre arriva au pays des Cynocéphales. Ceux-ci étaient des hommes en toute chose, à l'exception de la tête semblable à celle du chien. Et leur voix néanmoins, était partie celle d'un homme, et partie celle d'un chien". 

Le nombre des peuples (tribus) des Gog et Magog emprisonnés

Vingt deux serait le nombre des tribus de Gog et Magog emprisonnées derrière le barrage construit par Dhû-l-Qarnayn :


"He [Alexander] conquered many nations, twenty-two barbarian and twelve Greek"

"Il a [Alexandre] conquis plusieurs nations, vingt-deux [nations] barbares et douze grecques"

"He [Alexander] lived in this world thirty-two years and seven months, and of these he had rest for only eight years in this world. He subdued of the barbarians twenty-two kings, and of the Greeks thirteen."

"Il [Alexandre] vécut trente-deux ans et sept mois, dont seulement huit ans de repos. Il a soumis vingt deux rois barbares et treize grecs"

Récit rapporté dans Fath al-Bari expliquant Sahih al-Bukhari  (15e siècle)
"Les Gog et Magog sont vingt deux tribus. Dhû-l-Qarnayn avait construit le barrage contre vingt et un d'entre eux et il manquait une tribu, les turcs, qui sont restés du bon côté du barrage..."

ومن رواية سعيد بن بشير عن قتادة قال : يأجوج ومأجوج ثنتان وعشرون قبيلة ، بنى ذو القرنين السد على إحدى وعشرين " وكانت منهم قبيلة غائبة في الغزو وهم الأتراك فبقوا دون السد " وأخرج ابن مردويه من طريق السدي قال : الترك سرية من سرايا يأجوج ومأجوج خرجت تغير فجاء ذو القرنين فبنى السد فبقوا خارجا


Hommes à têtes de chiens

Dans un récit raconté par Tabari dans son exégèse du verset 83 de la sourate al Kahf, on apprend que Dhû-l-Qarnayn rencontre des hommes combattants à têtes de chiens :

"[...], il a dépassé l'endroit où se trouvent Gog et Magog. Puis il est parti vers une autre tribu où les hommes ont un visage de chiens combattant Gog et Magog"   

فأتى به السدّ، وهو جبلان لينان يَزْلَق عنهما كل شيء، ثم مضى به حتى جاوز يأجوج ومأجوج، ثم مضى به إلى أمة أخرى، وجوههم وجوه الكلاب يقاتلون يأجوج ومأجوج

Pseudo-Callisthène, version arménienne (Ve siècle), Page 149
"And here, neither sky nor the earth could be seen. And many peoples of many kinds lived there. We saw dogheaded men and headless ones who had their eyes and mouths on their chests."

"Et ici, ni le ciel ni la terre ne pouvaient être vus. Et beaucoup de peuples de toutes sortes y vivaient. Nous avons vu des hommes à tête de chien et des hommes sans tête qui avaient les yeux et la bouche sur leur poitrine."

"Ceux-ci étaient des hommes en toute chose, à l'exception de la tête semblable à celle du chien".


Le couchant du soleil dans une source boueuse (verset 18:86) 

Le soleil qui se couche dans une source est une idée qui trouve sa source dans l'épopée de Gilgamesh, 2000 ans av. J. -C. ! le fait que cette source soit "boueuse" est une croyance pré-islamique qu'on trouve, par exemple, dans la poésie d'Oumaya ibn abi Salt // "أمية بن أبي الصَّلْت", que certains attribuent au roi yéminite du Ve siècle Tubba Abu Karab As'ad // "تبع أسعد أبو كرب الحميري" (voir le tafssir d'al-Qortobi du verset 18:86). 

فرأى مغيب الشمس ، عند مآبها     في عين ذي خلب وثأط حرمد 

ﺧﻠﺐ: ﻃﻴﻦ        ---       ﺛﺄﻁ: ﺍﻟﺤﻤﺄﺓ
 وفي حديث ابن عباس ، وقد حاجه عمر في قوله تعالى : تغرب في عين حمئة ، فقال عمر : حامية ، فأنشد ابن عباس بيت تبع : في عين ذي خلب


Barrage de Dhû-l-Qarnayn construit en fer et en cuivre (verset 18:96) 

Homélie de Jacques de Saroug (VIe siècle) (P 163 - 200)
Traduit de l'anglais à partir du livre de Budges P 153 :
"Le roi dit: "Faisons une porte d'airain (alliage de cuivre) et fermons cette brèche." Ses troupes dirent: "Comme ta majesté le commande, nous le ferons." Alexandre commanda trois mille forgerons, des ouvriers pour le fer, et trois mille ouvriers pour le cuivre. Ils posèrent du laiton et du fer, et le pétrirent comme on pétrit quand on travaille l'argile. Puis ils firent une porte dont la longueur était de douze coudées et la largeur de huit coudées. 
Il fit un seuil inférieur de montagne en montagne, dont la longueur était de douze coudées; il le martela dans les rochers des montagnes, et il le fixa avec de l'airain et du fer. La hauteur du seuil inférieur était de trois coudées. Et il fit un seuil supérieur de montagne en montagne, douze coudées de longueur; il le martela dans les rochers de la montagne, et le fixa avec deux boulons de fer, chaque boulon étant de douze coudées. Il fit deux boulons de fer du rocher au rocher derrière la porte, et fixa les têtes des boulons dans les roches. Il fixa la porte et les verrous, plaça des clous de fer et les battit l'un par l'autre, de sorte que si les Huns viennent et creusent le rocher qui est sous le seuil de fer, même si les hommes peuvent passer, un cheval avec son cavalier en serait incapable [...]. Et il remit du fer sur les rochers, en frappa une clef de fer de douze coudées de long, et fit tourner des mèches d'airain. Ainsi, la porte fut bien accrochée"

Lire aussi le paragraphe plus haut : "Alexandre le Grand du côté du peuple barbare "impur" et la construction du barrage"

Tafssir d'ibn Kathir, verset 18:96 (14e siècle) :
"Il leur demanda de collaborer avec lui avec tout ce qu’ils possédaient comme matériaux et instruments pour réaliser le projet qui consistait à créer un rempart entre les deux peuples. Une fois l’espace compris entre les deux monts comblé, il leur ordonna de lui apporter des blocs de fer qu’il construisit comme un mur, et d’y souffler le feu afin qu’il puisse y verser de l’airain fondu pour consolider chaque bloc"


Le dilemme sur l'identité du personnage de Dhû-l-Qarnayn

La ressemblance entre Alexandre le Grand décrit dans les légendes de Pseudo Callisthène et Dhu-l-Qarnayn dans le Coran est évidente. 
Mais le fait d'associer ce personnage à Dhû-l-Qarnayn du Coran constitue en soit un gros problème pour un musulman puisque cela confirmerait, d'une manière ou d'une autre, les dires du Qoraychite Nadr ibn al-Harith // "النضر بن الحارث" qui accusa le prophète d'être un conteur de légendes. En effet, dans le tafssir d'ibn Kathir du verset 8:31, nous lisons : "En entendant réciter les versets du Coran, les polythéistes dans leur opiniâtreté, rébellion et égarement, disaient: « Nous les avons déjà entendus ». On a dit que Nadr ibn Al-Harith était l’auteur de ces paroles".

L'autre problème est lié à la personne d'Alexandre le Grand qui est connu dans les livres d'histoire comme étant un idolâtre violent alors que le Coran présente Dhû-l-Qarnayn comme un roi pieux, monothéiste et "juste"...
Ainsi les tentatives pour trouver un autre bi-cornu sont légion. En effet, le Macédonien n'est pas le seul conquérant candidat à l’identification avec la figure mythique de “l’homme aux deux cornes”. Cette figure de la corne fut pour les peuples anciens un signe de contact avec les Dieux. 

Cyrus le Grand // "كورش الكبير"

Cyrus II ou Cyrus le Grand // "كورش الكبير" fut aussi un conquérant de l’Orient et de l’Occident (roi persan vers 559 av. J.-C. à 530 av. J.-C.). Il existe une statue de lui avec deux cornes (voir la photo ci-dessous) mais il ne peut pas être le Dhû-l-Qarnayn, le roi monothéiste décrit dans le Coran. En effet, Cyrus le Grand n'adorait pas Allah mais plutôt le Dieu Marduk // "مردوخ", le grand Dieu des Babyloniens.

Cyrus le Grand avec des cornes
Ceci est clairement attesté sur le cylindre dit de Cyrus découvert en 1879 par l'archéologue Hormuzd Rassam. Le texte qui se trouve sur le cylindre fait l'éloge de Cyrus le Grand, présente sa généalogie et le dépeint comme un roi d'une lignée de rois. Cyrus est décrit comme ayant été choisi par le dieu créateur babylonien Marduk pour rétablir la paix et l'ordre à Babylone.
Une traduction en anglais de ce texte akkadien cunéiforme est disponible sur le site du British Museum. Voici des extraits traduits en Français :


D'autres identités, un peu fantaisistes, essaient de faire correspondre le Dhû-l-Qarnayn du Coran au Pharaon Akhenaton, et à un roi des dynasties Himyarites préislamiques du Yémen (voir vidéo ci-dessous).

La fin des temps est proche : les Gog et Magog qui seraient en train d’assécher le Lac Tibériade !!

Il y a un hadith dans Sahih Muslim (No 2937) où apprend que le Prophète dit "qu'à la fin des temps, Gog et Magog dévaleront chaque colline, arriveront jusqu'à Jérusalem et assécheront le Lac Tibériade. On dira qu'il y avait eu de l'eau dans ce coin !".

ويبعث الله يأجوج ومأجوج وهم من كل حدب ينسلون فيمر أوائلهم على بحيرة طبرية فيشربون ما فيها ويمر آخرهم فيقولون لقد كان بهذه مرة ماء

Or avec le problème d'eau que connait le proche orient depuis plusieurs années, on sait que le lac Tibériade // "بحيرة طبرية" s'épuise et a atteint le niveau de son non-renouvellement naturel. 
Peut-on donc conclure que les Gog et Magog sont déjà parmi nous, assèchent le lac et ont par conséquent déjà réussi à creuser le barrage de Dhûl-l-Qarnayn ? !

Sourate al-Anbiyaa 21:96: "Jusqu’à ce que soient relâchés les Gog et Magog et qu’ils se précipiteront de chaque hauteur"

Publié par www.comprendrelislam.com
Abonnez-vous à notre page Facebook : ICI