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lundi 20 février 2017

La fabuleuse histoire d'Ahl al-Kahf "أهل الكهف" (Les Sept Dormants d’Éphèse)

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Lire l'article sur le nouveau site de "comprendre l'islam" :
https://www.comprendreislam.com/blog/2019/1/7/ahlalkahf

Une traduction de l'article en arabe est disponible ici :
http://reformerlislam.blogspot.fr/2017/08/ahlalKahfarabic.html

Tandis que la sourate al-Kahf (la Caverne:18) du Coran est récitée par les fidèles musulmans tous les vendredis, les fidèles chrétiens fêtent les Sept Dormants (gens de la caverne) le 27 juillet dans l'Église latine, le 23 octobre et le 4 août dans les Églises d'Orient. Nous allons, à travers ce billet, partir en voyage pour découvrir ou redécouvrir les origines de cette histoire, véridique pour les musulmans et légendaire pour les chrétiens.



L'histoire dans la culture islamique

L'histoire des Sept Dormants dans la culture islamique est décrite dans la sourate 18 du Coran, Sourate al-Kahf, et elle aurait été révélée au Prophète pendant la période Mécquoise suite à un défi lancé par un noble Mécquois du nom de Nadr ibn al-Harith // "النضر ابن الحارث" (conseillé par des juifs Médinois dont l'objectif était de montrer que le Prophète Mohammad n'était pas un messager de Dieu). Effectivement, Nadr ibn al-Harith aurait publiquement défié le Prophète en l'interrogeant sur ces trois sujets : 

1. l'âme // "الروح", 
2. l'histoire de "l'homme qui parcourut le monde de l'Orient à l'Occident du nom de Dhû-l-Qarnayn // "ذو القرنين""
3. le nombre et l'histoire des "jeunes dormants qui eurent une étrange aventure dans une caverne"

Lorsque le Prophète entendit ces questions, il dit qu'il y répondrait le lendemain mais les réponses ne furent révélées que quinze jours après. La révélation tarda parce que le Prophète omit d'ajouter la restriction « si Dieu le veut » après « je répondrai le lendemain» (Source: versets 23 et 24 de la sourate al-Kahf : "وَلَا تَقُولَنَّ لِشَيْءٍ إِنِّي فَاعِلٌ ذَٰلِكَ غَدًا (23) إِلَّا أَن يَشَاءَ اللَّهُ ۚ وَاذْكُر رَّبَّكَ إِذَا نَسِيتَ وَقُلْ عَسَىٰ أَن يَهْدِيَنِ رَبِّي لِأَقْرَبَ مِنْ هَٰذَا رَشَدًا").
Quinze jours plus tard, l'Ange Gabriel apporta la révélation de la sourate 18 (la Caverne ou Ahl al-Kahf) qui comporta plusieurs récits dont celui des Sept Dormants décrit entre le verset 9 et le verset 26. Voici des extraits :

[Sourate al-Kahf:18]
9. Ne t’es-tu pas aperçu que les gens de la caverne d’Er-Raqim constituent un de nos signes les plus extraordinaires? 10. [...] 11. Alors, Nous avons assourdi leurs oreilles, dans la caverne pendant de nombreuses années. 12. Ensuite, Nous les avons ressuscités, afin de savoir lequel des deux groupes saurait le mieux calculer la durée exacte de leur séjour. 13. [...] 19. Et c’est ainsi que Nous les ressuscitâmes, afin qu’ils s’interrogent entre eux. L’un parmi eux dit: «Combien de temps avez-vous demeuré là?» Ils dirent: «Nous avons demeuré un jour ou une partie d’un jour». D’autres dirent: «Votre Seigneur sait mieux combien [de temps] vous y avez demeuré. Envoyez donc l’un de vous à la ville avec votre argent que voici, pour qu’il voie quel aliment est le plus pur et qu’il vous en apporte de quoi vous nourrir. [...]. 20. [...] 21. Et c’est ainsi que Nous fîmes qu’ils furent découverts, afin qu’ils [les gens de la cité] sachent que la promesse d’Allah est vérité et qu’il n’y ait point de doute au sujet de l’Heure. [...] Mais ceux qui l’emportèrent [dans la discussion] dirent: «Elevons sur eux un sanctuaire». 22. Ils diront: «ils étaient trois et le quatrième était leur chien». Et ils diront en conjecturant sur leur mystère qu’ils étaient cinq, le sixième étant leur chien et ils diront: «sept, le huitième étant leur chien». Dis: «Mon Seigneur connaît mieux leur nombre. Il n’en est que peu qui le savent». [...] 23. Et ne dis jamais, à propos d’une chose: «Je la ferai sûrement demain», 24. sans ajouter: «Si Allah le veut», [...] 25. Or, ils demeurèrent dans leur caverne trois cents ans et en ajoutèrent neuf (années). 26. Dis: «Allah sait mieux combien de temps ils demeurèrent là. [...]

Il sera toutefois observé, que la sourate al-Kahf évoque la durée du sommeil des jeunes dormants, qui est de 309 ans, mais elle ne confirme pas qu'ils étaient réellement au nombre de sept, bien que celui-ci soit envisagé comme l'hypothèse la plus vraisemblable puisque le débat sur les supputations concernant leur nombre se termine par cette dernière possibilité. Les commentateurs musulmans se sont attachés à trouver des réponses à cette question. Ainsi le cousin paternel du Prophète, ibn Abbas (حبر الأمة وفقيهها وإمام التفسير وترجمان القرآن), affirme avoir interrogé le Prophète à propos du nombre des Gens de la Caverne et avoir appris de lui qu'ils étaient sept (Source).


Origine de l'histoire dans la culture Islamique
La plupart des Oulémas musulmans ne s'interrogent pas sur l'origine des histoires Coraniques. Ils partent du principe qu'on ne doit pas chercher dans l'origine des révélations. Néanmoins, il y a des exceptions; ainsi Ibn Khatîr // "ابن كثير", en s'exprimant sur le sujet, indiqua : "Certains parmi les exégètes ont dit qu’ils suivaient la religion de Jésus, mais Dieu est le plus savant" (Source : tafsir versets 13-16).

Comme ibn Kathîr, nous allons chercher l'origine de cette histoire et essayer de découvrir quelques traditions qui s'y référent aujourd'hui.

L'histoire dans la culture chrétienne

Cette histoire est très célèbre dans la culture chrétienne. L'Encyclopédie Universalis et l'Encyclopedia Britannica, par exemple, y consacrent des pages et plusieurs ouvrages académiques, mais aussi pour le grand public évoquent l'histoire et ses variantes.

Une différence majeure par rapport à l'histoire dans la culture Islamique est son côté légendaire chez les chrétiens. Elle n'existe pas dans des textes sacrés mais dans des homélies (textes écrits par des religieux visant à expliquer les mystères de la foi et les normes de la vie chrétienne). Le but primordial de la légende était de propager la croyance à la résurrection de la chair.

La légende se déroule à l'époque des persécutions contre les chrétiens lancées par l'empereur romain Dèce en 250 (avant que le christianisme soit proclamé religion d'Etat). Refusant d'abjurer leur foi, sept jeunes hommes chrétiens originaires d’Éphèse (dans l'actuelle Turquie) partent se réfugier dans une grotte située sur le mont Célion. Ils tombent alors dans un profond sommeil durant lequel les soldats de l'empereur découvrent leur lieu de refuge et décident de les y emmurer vivants. Ils ne se réveillent que plusieurs centaines d'années plus tard. Ils ont conservé l'éclat de leur jeunesse et imaginent n'avoir dormi qu'une nuit. L'un deux retourne à Éphèse pour chercher du pain et découvre avec stupeur la présence d'églises resplendissantes, ainsi que les visages étonnés des commerçants lorsqu'il leur présente ses pièce de monnaie de type ancien. On le soupçonne d'avoir découvert un trésor et il est aussitôt conduit chez l’évêque. Interrogé sur l'origine de ses pièces, le jeune homme le mène à la grotte où ses compagnons l'attendent. Après avoir raconté leur histoire, ils se rendorment pour toujours. Leur histoire se répandit dans l'ensemble du Moyen Orient durant les siècles suivants. 


L'Origine de l'histoire

La chronologie de l'histoire est incertaine. Mais malgré que les sources divergent un peu dans le détail, elles s'entendent presque toutes pour placer l’événement sous le règne d'empereur romain Théodose II (vers 440 ap. J.-C.).

Chez les chrétiens d'Orient
Selon les sources Islamiques, on sait que l'histoire était connue avant l'Islam. Ce qui n'était pas connu, même aujourd'hui pour certains, c'est son côté légendaire. Effectivement, cette histoire des gens de la Caverne a connu une grande fortune et il en existe plusieurs versions en grec, en arabe, en latin, en syriaque et dans la plupart des langues orientales Un manuscrit où cette légende est écrite en langue amharique (langue sémitique de l'ancienne Ethiopie) est conservée au British Museum (voir plus bas). Mais la plus ancienne mention se trouve dans des Homélies de "يعقوب السروجي" // Jacques de Saroug (452-521 ap. J.-C.), qui est considéré comme un Saint chez les chrétiens orthodoxes jacobites. Il est l'un des illustres écrivains de la littérature syriaque de tout le Moyen Orient entre le V et le VIe siècle et a laissé plusieurs manuscrits en syriaque parmi lesquels deux homélies concernant les gens de la caverne (Source : Prosopographie chrétienne du Bas-Empire, Volume 3, Page 874-875).

Voici deux manuscrits (codice vaticano 115 et 217) des homélies de Jacques de Saroug. Le texte original est conservé à la bibliothèque du Vatican :

Le texte syriaque de l'histoire des Sept Dormants d’Éphèse écrit par
Jacques de Saroug vers la fin du 5e siècle et conservé à la bibliothèque du Vatican

D'autres chercheurs (voir plus bas) stipulent que l'origine de l'histoire date d'avant Jacques de Saroug et serait grecque.

Chez les chrétiens en Occident
Les éléments majeurs de cette légende dans la culture occidentale, figurent dans les écrits de Grégoire de Tours (mort en 594 ap. J. -C.). C'est lui qui fut le propagateur de cette légende en Europe occidentale et c'est lui qui traduisit pour la première fois les manuscrits de Jacques de Saroug du syriaque vers le latin. Son livre De gloria beatorum martyrum (en latin) est conservé à la BNF (Bibliothèque nationale de France).


On retrouve aussi le même récit dans l'ouvrage, La Légende Dorée, rédigé en latin entre 1261 et 1266 par l'archevêque de Gênes Jacques de Voragine, où il raconta la vie d'environ 150 saints ou groupes de saints, saintes et martyrs chrétiens parmi lesquels les Sept Dormants d’Éphèse.


En 1885, l'orientaliste italien Ignazio Guidi, dans son livre I sette dormienti di efeso // "Les Sept Dormants d’Éphèse" traduisit en italien cinq manuscrits à partir de :
  1. textes coptes (page 4 du livre)
  2. textes  syriaques (page 16 du livre)
  3. textes arabes (page 50 du livre)
  4. textes amhariques (page 64 du livre)
  5. textes arméniens (page 90 du livre)
Voici les traductions en arabe du manuscrit écrit en langue copte ancienne des chrétiens d’Égypte, où on retrouve une variante de la légende des Sept Dormants (Source p 13-14 et 15).

Testi orientali inediti sopra i Sette dormienti di Efeso, by Ignazio Guidi, Published 1885 (pages 13,14 &15)

La controverse au sujet de la filiation de la légende
Comme indiqué plus haut, il y a une controverse sur la filiation des manuscrits liés à la légende des Sept Dormants. Le chercheur François Jourdan  la résume dans la page 45 de son livre La tradition des Sept Dormants, Une rencontre entre chrétiens et musulmans, Paris, Maisonneuve et Larose, 2001, :
  1. L'origine latine première est soutenue par Huber [...] Secondairement, elle serait passée en grec, puis en syriaque d'où elle serait revenue au latin par Grégoire de Tours. On sait par ailleurs que les versions coptes et éthiopiennes dérivent du grec.
  2. L'origine grecque est défendue par De Goeje, Ryssel (première manière), Guidi, Peeteres et Honigmann.
  3. L'origine syriaque est représentée par Nöldeke, Heller, Ryssel (deuxième manière) et surtout Allgeier. Du syriaque seraient nés à la fois le grec et le latin


Le gardien des Sept Dormants dans le Coran et dans les Homélies de Jacques de Saroug

Dans le Coran, le gardien des jeunes gens est un chien (verset18:18) "وَكَلْبُهُم بَاسِطٌ ذِرَاعَيْهِ بِالْوَصِيدِ" // "leur chien est à l’entrée, pattes étendues" tandis que dans les Homélies de Jacques de Saroug, ce gardien est un ange.
Voici des explications ou des tentatives d'explications au sujet de cette différence :

1. Dans cette étude académique The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar: A Collaborative Study of  50 Qu'ranic passages, de l'Université de Notre Dame en Indiana.
  

Guillaume Dye, islamologue et orientaliste français, 
professeur à l'Université libre de Bruxelles

2. Dans cette vidéo d'un expert Marocain des vieux manuscrits Coraniques 



Les traditions inspirées de la légende des Sept Dormants d'Ephèse

Dans la région des Côtes d'Armor en Bretagne
La légende des gens de la caverne (Ahl al-Kahf) est répandue en France, et plus particulièrement dans la région des Côtes d'Armor. Ayant un jour accosté en baie de Lannion, des missionnaires chrétiens grecs transformèrent le village de Stivel et son dolmen, en un centre de christianisation et en lieu de célébration de la légende des Sept Dormants martyrs. 
Cette légende est très vivante aujourd'hui grâce à l'attention que l'Orientaliste Louis Massignon porta au village Le vieux Marché, après avoir été frappé, au cours de la cérémonie à laquelle il assista lui-même en 1953, par la ressemblance des paroles d'un ancien chant breton (gwerz) relatant l'histoire des Sept Dormants, avec les versets de la sourate al-Kahf du Coran. Ainsi le lieu devint un lieu de pèlerinage, commun aux musulmans et aux chrétiens et il a lieu le quatrième dimanche de Juillet.


Le dimanche matin, grand messe du Pardon suivie d’une procession qui va à la fontaine où a lieu une cérémonie musulmane où la sourate 18 du Coran est récitée par un Imam et traduite en français (voir la vidéo ci-dessous des éditions 2006 et 2015)



En Jordanie
Sur la base de quelques hadiths et de prétendues découvertes archéologiques, des érudits musulmans situent la grotte des Ahl al-Kahf dans les environs d’Amman.


Dans le sud Tunisien
Dans le sud de la Tunisie, une mosquée à Chenini est appelée “mosquée des Sept Dormants” (Masjid al-Ruqood al-Sebaa), où les gens de la Caverne (Ahl al-Kahf) sont prétendument enterrés dans les environs de la mosquée.


En Allemagne 
Célébration le 27 juin : les Sept Dormants, saints climatiques allemands
Les catholiques allemand célèbrent les Sept Dormants d'Éphèse (Siebenschläfertag). Si cette journée est connue, c’est surtout à cause des dictons climatiques qui l’accompagnent, un peu comme la Saint-Médard des Français (le 7 juin). Il est un fait que la première semaine de juillet est toujours très pluvieuse en Bavière. (Source)

Au Luxembourg
Une légende liée à notre histoire est racontée dans le village Luxembourgeois Hollerich comme on peut le découvrir dans cet ouvrage du 19e siècle (Source : page 87) 





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mardi 7 février 2017

La crainte de Dieu lors de l'éclipse solaire dans Tintin, dans Apocalypto et dans Sahih Al Bukhari

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La prière de l’éclipse solaire // "صلاة الكسوف", comme celle de l’éclipse lunaire // "صلاة الخسوف" ne sont pas des prière obligatoires mais très recommandées selon la Sun'a // "السنة النبوية". On fait la prière pendant l’éclipse et on fait les invocations jusqu’à la fin parce qu'on pense que Dieu sème la crainte parmi ses adorateurs.

La "sagesse" de l’éclipse solaire (et lunaire) est d’avoir la crainte de Dieu comme on l'apprend dans le hadith dans Sahih Al Bukhari rapporté par ibn Abbas :

Sahih Al Bukhari, Livre de l'éclipse, De la mention (de Dieu) dans les éclipses
Abou-Mousa a dit : "Une éclipse de soleil se produisit ; le Prophète se leva tout effrayé, craignant que ce ne fût l'heure (dernière). Il se rendit à la mosquée et pria en prolongeant ses inclinations et ses prosternations plus que je ne l'avais jamais vu faire, puis il dit : "Ceci est un des signes que Dieu envoie ; ce n'est ni pour la mort, ni pour la naissance de quelqu'un ; mais Dieu sème ainsi la crainte parmi ses adorateurs. Lorsque vous verrez quelque chose de semblable, réfugiez-vous dans la mention de Dieu, dans les prières et les demandes de pardon que vous lui adresserez."

الحديث » صحيح البخاري » كتاب الكسوف » باب الذكر في الكسوف
 رواه ابن عباس رضي الله عنهما

Ressemblance chez les Maya (Vers 2600 av. J.-C. à 1520 ap. J.-C.) et chez les Incas (première partie du deuxième millénaire ap. J.-C.)

Cette éclipse solaire a toujours effrayé les peuples anciens (en Amérique latine ici). Ils ne comprenaient évidemment pas le phénomène du point de vue astronomique et les gouverneurs profitaient de leur ignorance pour les adoucir.

Film Apocalypto 
Réalisé par Mel Gibson, 2006 (civilisation Maya)

Titin
et le temple du soleil (chez les Incas)


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jeudi 2 février 2017

Quand les Maghrébins faisaient payer la "Jizya" // "جزية" aux Américains !

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Vingt-cinq ans après leur indépendance du Royaume de la Grande Bretagne en 1776, les Etats-Unis d’Amérique ont lancé leur toute première action militaire d'outre-mer en 1801 contre les Maghrébins ! 
Cette guerre est connue sous le nom de "Première guerre Barbaresque" et a eu lieu sur la côte de ce que l’on nommait à l’époque les "États Barbaresques" (le sultanat indépendant du Maroc et les trois régences d'Alger, de Tunis et de Tripoli qui étaient des provinces de l'Empire Ottoman).


Contexte Géo-Politico-Religieux 

Au 18e siècle, des pays Européens se voyaient dans l’obligation de payer un tribut (ou Jizya // "جزية") aux "États Barbaresques" pour protéger leurs intérêts commerciaux sous peine de voir leurs navires attaqués en Méditerranée par des pirates envoyés par les gouverneurs des États barbaresques. En effet, quiconque, à cette époque, voyageait en Méditerranée faisait face à la perspective réelle d’être capturé par les corsaires maghrébins et emmenés dans les villes pour être vendu comme esclave. Ce tribut payé par les chrétiens avait une justification religieuse aux yeux des maghrébins comme nous allons le voir plus bas. 

Après l'indépendance des États-Unis, la marine marchande américaine n'était plus protégée par la marine britannique. Ainsi, les navires américains n'avaient plus aucune protection contre les pirates et la jeune nation n'avait pas les fonds pour payer la "Jizya" annuelle réclamée par les États Barbaresques.

La lettre de Jefferson et Adams

En 1786, Thomas Jefferson et John Adams, alors ambassadeurs américains auprès de la France et de l’Angleterre, rencontrèrent l’ambassadeur des États Barbaresques Sidi Haji Abdul Rahman Adja à Londres. Ces deux futurs présidents essayaient de négocier un traité de paix qui épargnerait aux Etats-Unis les dégâts de la piraterie "barbaresque". Le détail de ces discussions est consultable dans la lettre envoyée par T. Jefferson et J. Adams à leur Secrétaire des Affaires étrangères John Jay (LETTRE).

Voici des extraits de cette lettre traduits en Français :


"Peu de temps après l'arrivée de M. J [Jefferson] à Londres, nous avons eu un entretien avec l'ambassadeur de Tripoli, chez lui.[...]. Nous cherchions des informations pour une paix perpétuelle qui soit, à tous égards, la plus recommandable, parce qu'un traité temporaire laisserait la place pour des demandes croissantes à chaque renouvellement [...]. 

30.000 Guinées pour ses employeurs et £ 3.000 pour lui étaient le minimum qu'il pouvait accepter pour un accord de paix, et cela devait être payé en espèces à la réception du traité signé par son souverain. Tunis traiterait dans les mêmes termes, mais il ne pouvait pas répondre pour Alger ou pour le Maroc.[...]

Nous avons cherché à comprendre les motifs de leurs prétentions à faire la guerre aux nations qui ne leur avaient fait aucun mal et nous avons fait remarquer que nous considérions les Hommes qui ne nous avaient pas fait de mal ni provoqué comme nos amis. [...].

L'ambassadeur nous a répondu que ceci [faire payer la Jizya] était fondé sur les Lois de leur Prophète, que c'est écrit dans leur Coran, que toutes les nations qui n'auraient pas reconnu leur autorité étaient des pécheurs (coupables), c'était leur droit et leur devoir de leur faire la guerre là où ils les trouvaient ainsi qu'avoir des esclaves parmi tout ce qu'ils pouvaient capturer comme prisonniers, que chaque Musulman qui serait tué au combat était sûr d'aller au Paradis."



L’ambassadeur faisait référence à :

[Sourate Tawba9:29] : "Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation (Jizya) par leurs propres mains, en état d'humiliation."


La déclaration de guerre

Lorsque Thomas Jefferson devient président des États-Unis en 1801, il refuse de payer la Jizya et envoie une flotte navale en Méditerranée. Cette dernière bombarde les différentes villes fortifiées de la côte barbaresque. 
Suite au traité signé en juin 1805, les États-Unis sont libérés de l’obligation de payer la Jizya ! 


Pour plus de détails :
http://www.virginia.edu/cnsl/pdf/Turner-Jefferson-Barbary-Pirates-NWC-2010.pdf


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jeudi 19 janvier 2017

L'histoire de l'araignée qui a sauvé le prophète dans une grotte le jour de l'émigration vers Médine serait juste une légende

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Lire l'article sur la page de notre nouveau site :
https://www.comprendreislam.com/blog/araignee



On connait tous l'histoire du prophète et de son compagnon Abu Bakr qui se réfugièrent dans une grotte pour échapper à leurs poursuivants Qoraïchites. Une fois qu’ils furent à l’intérieur, une araignée tissa sa toile à l’entrée de la grotte et lorsque les Kouff'ar de Qoraysh arrivèrent, ils crurent que personne n’avait pu y pénétrer sans déchirer la toile d’araignée et ils rebroussèrent chemin (voir la vidéo ci-dessous). Ainsi, Dieu sauva son prophète et permit son émigration vers la ville de Yathrib devenue Médine par la suite.


Cette histoire de l'araignée // "العنكبوث" qui a sauvé le prophète serait juste une légende selon certains Oulémas musulmans. Et la même histoire est aussi racontée, presque mot pour mot, dans d'autres cultures non islamiques avant et après le 7e siècle.

Dans la culture islamique, cette célèbre histoire est tirée de l’exégèse du verset coranique Tawba 9:40 

"لَّا تَنصُرُوهُ فَقَدْ نَصَرَهُ اللَّهُ إِذْ أَخْرَجَهُ الَّذِينَ كَفَرُوا ثَانِيَ اثْنَيْنِ إِذْ هُمَا فِي الْغَارِ إِذْ يَقُولُ لِصَاحِبِهِ لَا تَحْزَنْ إِنَّ اللَّهَ مَعَنَا ۖ فَأَنزَلَ اللَّهُ سَكِينَتَهُ عَلَيْهِ وَأَيَّدَهُ بِجُنُودٍ لَّمْ تَرَوْهَا وَجَعَلَ كَلِمَةَ الَّذِينَ كَفَرُوا السُّفْلَىٰ ۗ وَكَلِمَةُ اللَّهِ هِيَ الْعُلْيَا ۗ وَاللَّهُ عَزِيزٌ حَكِيمٌ"

[Sourate Tawba9:40]
"Si vous ne lui portez pas secours... Allah l’a déjà secouru, lorsque ceux qui avaient mécru l’avaient banni, deuxième de deux. Quand ils étaient dans la grotte et qu’il disait à son compagnon: «Ne t’afflige pas, car Allah est avec nous.» Allah fit alors descendre sur Lui Sa sérénité et le soutint de soldats que vous ne voyiez pas, et Il abaissa ainsi la parole des mécréants, tandis que la parole d’Allah eut le dessus. Et Allah est Puissant et Sage"



Il n'y a pas de détails dans le verset et l'araignée n'est pas citée mais l'histoire, mentionnée plus haut, est dans plusieurs hadiths et dans presque toutes les exégèses coraniques // "تفاسير". Elle a été écrite pour la première fois par Ibn Ishaq // "ابن اسحاق" qui est l'auteur de la première biographie du prophète // "السيرة النبوية", à peu près 120 ans après la mort de ce dernier. Les livres d'histoire islamiques et la plupart des livres d'exégèse du verset Tawba9:40 ont juste copié ce qui est dans la Sira d'Ibn Ishaq.


Mais cette histoire est-elle vraie ? On ne saura sûrement jamais !

Ce qu'on sait par contre c'est que certains Oulémas musulmans du "salaf" mais aussi des érudits sunnites du 20e siècle, comme Cheick Albani et Cheick Ibn Uthaymine, ont réfuté cette histoire et contestent son authenticité.



L'histoire dans la culture chrétienne

Saint Félix de Nole
Ibn Ishaq, qui est l'auteur de cette histoire dans la tradition islamique, avait des origines chrétiennes (par son grand père), il connaissait la culture syriaque de son époque et était surement au courant d'une autre histoire, célèbre aussi, de l'araignée qui a sauvé le Saint Félix de Nole (prêtre d'origine syrienne) au 3éme siècle ap. J. -C. des soldats romains.

Pour fuir les persécutions des soldats romain (païens à cette époque), Félix se cacha dans des décombres de murailles en se glissant par un petit trou, et aussitôt des araignées "conduites par la main de Dieu" vinrent tendre leurs toiles sur cette ouverture. Les persécuteurs jugèrent que personne n'avait pu entrer à l'intérieur et passèrent outre.

Biographie universelle, ancienne et moderne, ou histoire, par ..., Volume 14, p 271

Dans la culture chrétienne, d'autres saints et saintes auraient été sauvés par des araignées dans des grottes comme on peut le lire dans LE TRAITÉ D'ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE de X. BARBIER DE MONTAULT :

- TEUTERIA (Sainte), à Vérone : araignée, qui par sa toile la déroba à ses persécuteurs. (page 423)
- CAMION, (Evêque), en Afrique : araignée, parce qu'il fut dérobé à ses persécuteurs par sa toile (page 309) 

Dans la mythologie Roumaine

Dans cette myhtologie, c'est la vierge Marie qui fut sauvée par une araignée Voici ce qu'on peut lire dans Le Petit dictionnaire de mythologie populaire roumaine, page 34 :

L'histoire dans la culture juive

Un jour le roi David se demanda pourquoi Dieu avait créé l'araignée avant de voir sa vie sauvée grâce à elle. En effet, la tradition juive nous livre cette histoire du roi Saül et sa garde qui poursuivirent le roi David. Ce dernier chercha refuge dans une caverne, et une araignée vint après lui tisser sa toile à l'entrée. Quand ses poursuivants passèrent à sa recherche, ils s'abstinrent d'inventorier la caverne en songeant que si le fugitif y avait pénétré, il aurait déchiré la toile.
Le roi David comprit alors que même une araignée pouvait recevoir de Dieu une mission et l'exécuter.

Cette histoire trouve sa source dans le Midrash Otsar ha-Midrachim (Eisenstein), Alpha Béta déBensira, (page 47) datant du premier siècle de l’ère chrétienne. Elle est aussi racontée, entre autres, dans le livre de Victor Malka : Les plus belles légendes juives   


Enfin, l'exégète musulman Al Qortobi cite aussi l'histoire du roi David et de l'araignée dans son "tafssir" du Coran (Vol 13, page 346) :

تفسير القرطبي - الجزء 13 ج13 ص346

L'histoire dans les films des années 50 

Après Le Tigre du Bengale, le réalisateur allemand Fritz Lang réalisa en 1959 un autre film, Le Tombeau hindou où on voit une scène surprenante de deux amoureux fuyant des soldats et sauvés par une araignée dans une grotte !
Dans leur fuite amoureuse et imploré par la ferveur de la danseuse Seetha, le dieu Siva répond par l’intermédiaire d’une araignée qui, tissant sa toile à l’entrée de la caverne, la fait passer pour inviolée aux yeux des soldats poursuivant les amants.

La scène est invraisemblable et rappelle incontestablement l'histoire du prophète de l'Islam et de son compagnon Abu Bakr. Voici la scène extraite du film Le tombeau hindou de Fritz Lang :


L'histoire dans la culture de l'Afrique centrale

L'Afrique est le berceau de l'humanité et les contes africains sont en général très riches en enseignement. Pour notre histoire des toiles d'araignée à l'entrée d'une grotte, il fallait absolument regarder dans les contes africains et effectivement une légende chez le Peuple Bassa du sud-Cameroun décrit un récit équivalent à celui connu dans les autres cultures. 
On peut trouver ce récit dans le livre Bantu, les carnets de la Nouvelle Ethiopie de Dibombari MBOCK, Angeli Editions : 



Ce mythe se rapportant à l'araignée est important pour le peuple Bassa qui effectuent, encore aujourd'hui, des pèlerinages dans la grotte sacrée de Ngog Lituba pour y commémorer leur histoire et enseigner leurs traditions et culture à leurs enfants.

Pèlerinage à la grotte mythique de Ngog Lituba

L'histoire en bande dessinée et dans les livres illustrés

Voici enfin, pour les amoureux de la bande dessinée et des livres illustrés, notre araignée salutaire décrite dans deux histoires différentes. La première histoire est celle de l’évêque saint Félix citée plus haut.

L'histoire de l’évêque saint Félix et de l'araignée en BD
de Dessi Jackson (Auteur), Lydia Grace Kadar-Kallen (Illustrations)

Et la deuxième histoire est trouvée sur ce forum de la BD et des littératures populaires où un certain Tom Pouce qui est "le compagnon de Photonik, échappe à d'avides chercheurs d'or grâce au même stratagème..." :  


Mustang n°62, Photonik, 1ère série, épisode 9

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vendredi 13 janvier 2017

Signons la Pétition contre le Niqab et contre les discours haineux du prétendu Cheick Abu Naim

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Cette pétition est lancée suite à la vidéo publiée par le prétendu Cheikh Abou Naim, dans laquelle il s'est permis d'attaquer les responsables Marocains et d'appeler les citoyens à rejeter l'application de la décision émanant du Ministère de l'Intérieur. Il s'est permis aussi de traiter celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec lui d'hérétiques // "زنادقة".


Vidéo du cheick Abu Naim

Pour rappel, selon la presse marocaine, le ministère de l’intérieur a diffusé une circulaire à ses agents chargés des commerces dans les villes leur enjoignant de ne plus autoriser la confection et la commercialisation des tissus appelés Niqab // "برقع" à compter de cette semaine.


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mardi 3 janvier 2017

Le blog "Réformer l'Islam" fête son premier anniversaire !!! l'année 2016 en chiffres !!!

Le blog "Réformer l'Islam" fête sa première année !

En effet, le premier article a été publié sur ce blog le 3 Janvier 2016.


Le blog en chiffres :

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lundi 26 décembre 2016

اللغة السريانية و الأرامية لفهم بعض كلمات القرٱن : Le Syro-araméen pour comprendre certains mots du Coran

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Comme la langue Arabe, le Syriaque // "اللغة السريانية" appelée parfois "syro-araméen" est une langue sémitique du Proche-Orient, appartenant au groupe des langues araméennes. Avant l'apparition de la littérature arabe, la langue principale de l'écrit dans tout le proche orient aurait été le Syriaque.


La situation linguistique dans la péninsule d'Arabie au début du 7e siècle 

A l'époque du prophète, l'arabe littéraire n'en était qu'à ses débuts et la langue de l'écrit et de culture dans la région était le syro-araméen. On a trouvé des inscriptions en arabe qui remontent à l'époque pré-islamique et la plus ancienne de ces inscriptions (qui date du 4éme siècle ap. J. -C.) a été trouvée dans le désert syrien. Les tribus arabes dans cette période pré-islamiques ont eu une florissante tradition orale poétique (الشعر الجاهلي). Mais, jusqu'au huitième siècle de notre ère, elle n'était pas systématiquement rassemblée et enregistrée sous forme écrite. Ainsi, le premier livre en langue arabe est le Coran

Au début du 7e siècle, le syro-araméen était la langue de culture écrite dominante dans toute l’Asie occidentale, et elle a sûrement exercé une influence sur les autres langues de la région. Pour l'Arabe, il a fallu attendre l'oeuvre des Grammairiens comme Al Khalil ibn Ahmad Al Farahidi (718 - 791)  // "الخليل بن أحمد الفراهيدي"  et son élève Sibawayh (765 - 796) // "سيبويه" pour que la langue arabe classique voit le jour et soit enfin parachevée.

Le Syro-araméen, une langue connue dans la péninsule d'Arabie au temps du prophète

Période Mécquoise
On apprend dans Sahïh al Bukhari que le cousin de la première épouse du prophète, Khadija, qui est Waraqa Ibn Nawfal // "ورقة بن نوفل" savait lire et écrire le Syro-araméen. C'est ce prêtre chrétien qui aurait célébré le mariage du prophète avec Khadija.  
: صحيح البخاري » كتاب بدء الوحي » باب بدء الوحي



Période Médinoise
Sur le site du Ministère des Habous et des Affaires Religieuses du Royaume Marocain, on peut lire : "Le prophète a aussi encouragé quelques-uns de ses compagnons à apprendre des langues étrangères, comme ce fut le cas de Zayd Ibn Thabit qui a appris le Syriaque"

Zayd Ibn Thabit était un des scribes du prophète à Médine // "كاتب الوحي". Dans plusieurs livres islamiques (les sources sont citées à la fin de ce paragraphe ), on apprend qu'il était juif et qu'il fréquentait les écoles juives avant de devenir musulman à la première année de l'Hégire (en 622).

سنن الترمذي الجزء الخامس، باب ما جاء في تعليم السريانية

Zayd ibn Thabit est également connu pour avoir été désigné par le Calife Othmane à la tête de la commission chargée de rassembler le Coran que nous avons aujourd'hui. Quand le Calife Othmane, demanda au compagnon Ibn Massou'd // "الصحابي ابن مسعود" de lui envoyer son Mos'haf (son Coran) pour le brûler (comme tous les autres livres non retenus par la commission d'ibn Thabit), Ibn Massou'd refusa et montra sa méfiance vis-à-vis du travail de la commission présidée par Zayd. Il dit : 

« J'ai appris du prophète 70 sourates avant que Zayd Ibn Thabit ne soit musulman, il n’était qu’un gamin qui jouait à Médine avec ses papillotes. [les deux mèches de cheveux qui sont signe de la judaïté et qu'on voit encore de nos jours] »
 " أخذت من في رسول الله (صلى الله عليه وآله وسلم) سبعين سورة وإن زيد بن ثابت لصبي من الصبيان " وفي لفظ: " أحكمتها قبل أن يسلم زيد بن ثابت وله ذؤابة يلعب مع الغلمان

Sources : "Histoire de Médine" d'Ibn Shabb'a, Vol 3, p 1006, et rapporté à partir de Mousnad Ahmad, Vol 1, 414, 442 mais aussi :
الطبقات 2 / ق 2: 105 والاستيعاب هامش الإصابة 2: 323 والغدير 9: 10 عن البخاري
نقله عن الحلية والاستيعاب وتهذيب التهذيب وكنز العمال وراجع البحار 8: 310 و 479 / الطبعة الحجرية وابن أبي الحديد 3: 45 و 20: 26

L'origine de la langue coranique selon le Coran

L’origine de la langue coranique se trouverait dans un dialecte arabe // "لِسَانٍ عَرَبِيٍّ" et pas dans la langue arabe classique qu'on connait aujourd'hui (versets سورة النحل 16: 103; سورة الشعراء 26: 195; سورة الأحقاف 46: 12).

Pour l'exégète Tabari, ce fut le dialecte de Qoraych (les habitants de la Mecque à l'époque de la révélation). Mais comme le Coran contient plusieurs mots non-arabes (voir paragraphe suivant), cela nous laisse à penser que le dialecte de Qoraych à l'époque de la révélation contenait des mots étrangers dont des mots Syriaques. 

Des mots non arabes dans le Coran

Jalal Eddine Al Suyuty // "جلال الدين السيوطي", le célèbre théologien né dans le 15e siècle, dans son livre de référence "la perfection dans les sciences coraniques" // "الاتقان في علوم القرآن", met en évidence l’'existence de plusieurs dizaines de mots étrangers dans le Coran et qui n'ont donc pas de racine dans la langue Arabe. Il existerait plusieurs mots d'origine Syriaque mais aussi Persane, Éthiopienne, Grecque et même Amazigh ! Al Suyuty y a consacré un chapitre dans son livre où il fait un inventaire de 108 mots considérés comme étrangers dans le Coran, qu'il rattache à 11 langues différentes dont le syriaque (17 mots attribués).

Voici quelques exemples des mots d'origine Syriaque :
(Source : le livre de Suyuti en PDF)



La ponctuation/pointillage // "التنقيط و التشكيل" dans le Coran

Rappelons très brièvement l’évolution de l’écriture du Coran. Cela est important pour comprendre la suite. Le Coran a été écrit à l'époque du Prophète, rassemblé dans un Mos'haf à l'époque du Calife Othmane mais il n'y avait ni ponctuation des lettres "signes diacritiques" // "التنقيط" ni pointillage // "التشكيل". En effet, ces "signes diacritiques" // "التنقيط" et ce pointillage // "التشكيل" ont été ajoutés par le gouverneur Omeyyade Al-Hajjaj Ibn Yusuf Taqaf'i // "الحجاج بن يوسف الثقفي" qui a entrepris la révision de la graphie Othmanienne du Coran avec l’aide d’érudits comme Abu Al-Asswad Addaali // "أبو الأسود الدؤلي" et Al Farahidi // "الخليل بن أحمد الفراهيدي" après lui. C'est bien ce dernier (mort en 791 ap. J. -C.) qui a inventé la "hamza" // "الهمزة" qui est un caractère "spécial" mis sur certaines lettres de l’alphabet Arabe et qu'on trouve dans le mot "Coran" par exemple.

Autrement dit, le mot "Coran" // "قرآن" s'écrivit à l'époque du prophète :
Et le résultat de cette révision est un Coran avec des ponctuations et un pointillage mais aussi avec plusieurs lettres "alif" // " أ " ajoutées au texte initial. Ainsi les mots : عِباد / عَبْد / عبَد / عِناد / عيد / عِنْدَ / عابد pouvaient provenir du même mot dans le texte original c'est à dire :
C'est la même chose pour "paradis" // "جنة / et "serpent" // "حية", etc.

Enfin, il faut rappeler qu'hormis sept ou huit lettres dans l'alphabet arabe, toutes les autres lettres peuvent changer les sens des mots quand ces derniers sont "ponctués" // "منقطين".

La révolution dans le livre de Christoph Luxenberg

Christoph Luxenberg est le pseudonyme d'un philologue allemand d'origine libanaise, sémitisant, excellent connaisseur et de l’arabe, et du syriaque. Il est l'auteur de l'ouvrage controversé Lecture syro-araméenne du Coran : une contribution pour décoder la langue du Coran, publié en 2000. C'est une étude philologique dans laquelle un certain nombre d'hypothèses sont étudiées. L'auteur affirme que les savants devraient, pour certains passages, recommencer leurs études à nouveaux frais, en ignorant les vieux commentaires islamiques et en utilisant seulement des méthodes linguistiques et historiques récentes. Autrement dit, sa méthode consiste à expliquer les passages obscurs du Coran sans faire confiance aux commentateurs classiques comme Tabari, ibn Kathir et les autres . Ainsi, si un mot (ou une phrase) du Coran semble inintelligible en arabe, ce mot (ou cette phrase) pourrait faire sens, écrit Luxenberg, en regardant du côté de l’araméen et du syriaque (voir vidéo ci-dessous) :

Ainsi, dans sa tentative d’élucider les passages linguistiquement controversés du Coran, Luxenberg procède par étapes, selon une méthode toute de rigueur :

La méthode philologique de Luxenberg :
-extrait de la page Wikipedia de Christop Luxenberg-
  • Vérifier si une explication plausible peut être trouvée dans le commentaire de Tabari, l'un de ceux qui ont le plus influencé les traducteurs occidentaux ;
  • Vérifier si l'on trouve une explication plausible dans Lisan al Arab le dictionnaire arabe le plus complet (ce dictionnaire n'avait pas encore été rédigé du temps de Tabari, aussi contient-il des éléments nouveaux) ;
  • Vérifier si une expression arabe possède une racine homonyme en syriaque ou en araméen avec des sens différents qui pourraient aller avec le contexte ;
  • Juger si oui ou non le sens en syriaque/araméen de la racine d'un mot donne un meilleur sens au passage incriminé.
  • Vérifier s'il existe un mot syriaque qui fait sens dans le passage en question ;
  • Expérimenter les différentes manières de placer les signes diacritiques (qui indiquent les voyelles, etc..) tardivement ajoutés au texte le plus ancien qui fixe le rasm. Peut-être existe-t-il une version du « rasm » qui donnerait un mot arabe faisant sens pour le passage ;
  • S'il n'y a pas de mot arabe qui convienne, répéter l'expérience et regarder du côté des mots syriaques ;
  • Traduire la phrase arabe en syriaque et vérifier dans la littérature syriaque une phrase qui aurait pu être littéralement traduite en arabe ; le sens originel en syriaque pourrait faire plus sens que la phrase résultante en arabe (ces phrases traduites sont appelées « calques morphologiques ») ;
  • Vérifier s'il existe une phrase correspondante dans la littérature syriaque ancienne, qui pourrait être un analogue d'une phrase en arabe, aujourd'hui perdue ;
  • Vérifier s'il existe une expression correcte en arabe, écrite sur un manuscrit arabe, mais dans une orthographe syriaque.
La couverture du fameux livre de Christoph Luxenberg
La rigueur de la méthode est scientifiquement indéniable, et comme l’auteur y conjoint une insigne maîtrise et de l’arabe, et du syriaque, il réussit à élucider bon nombre d’expressions réputées "obscures", et des passages mal lus ou mal compris et à propos desquels personne n’avait encore  fleuré le melon sous la queue !
Voici quelques exemples qu'il a détaillés dans son livre :

Les Houris du Paradis // "الحور العين" : 

Dans son livre, Luxenberg indique que le mot "houri" // "حور عين", donné par la tradition islamique comme étant l'équivalent de "très belles femmes vierges aux grands yeux" et qui seraient la rétribution réservée dans l’au-delà aux bons croyants; Coran 44:54, 52:20 ,55:72, 56:22), signifie en réalité "RAISINS BLANCS" ! En gros, les kamikazes barbus martyrs auraient plutôt 72 grappes de raisin blanc !

Les houris au Paradis !
Le mot "حور" est syro-araméen et signifie "blanc" ou "pur". Le mot "عين" contient des "points" // "signes diacritiques" qui auraient été mal mis selon Luxenberg. En effet, comme il n'y avait pas de signes diacritiques // "التنقيط" sur les premiers manuscrits coraniques, à un moment pendant la transmission écrite, ces "signes" ont été mis sur le mot à droite au lieu d'être à gauche comme indiqué ci-dessous.
La même erreur liée à ces "signes diacritiques mal mis" aurait été commise dans le verset [Dukh'an 44:54] : "كَذَٰلِكَ وَزَوَّجْنَاهُم بِحُورٍ عِينٍ". Selon Luxenberg, il fallait lire "رَوَّحْنَاهُم" au lieu de "زَوَّجْنَاهُم". Le point sur le "Ra" aurait été faussement ajouté. De plus, Luxenberg montre qu'en syriaque, le "bi" dans le mot "بِحُورٍ" "signifie "parmi" ou "sous". Par conséquent, le texte devient alors : "ورَوَّحْنَاهُم بحور عنب", qui signifie : "les croyants au Paradis se reposeront sous des vignes de raisons blancs"

Revenons à l'explication "classique", il faut être pervers pour imaginer que Dieu ait préparé des vierges pour les fidèles au paradis et qu'il le dit dans le Coran en plus ! Les gens qui croient à ces sottises brillent vraiment par leur stupidité. C'est même la quintessence de la bêtise...
Voici une vidéo qui donne envie à la fois de rire et de pleurer (sous-titres en -Fr- disponibles)

Vidéo sous-titrée en Fr

Les "seins arrondies des vierges" // "كَوَاعِبَ أَتْرَابًا"

Dans le verset [Anabaa78:33] :

[سورة النبأ 78:33]
"إِنَّ لِلْمُتَّقِينَ مَفَازًا (31) حَدَائِقَ وَأَعْنَابًا (32) وَكَوَاعِبَ أَتْرَابًا"
[Anabaa78:33]
"Pour les pieux ce sera une réussite, jardins et vignes, et des (belles) aux seins arrondis"

Comme indiqué dans la traduction française de ce verset et dans les livres d’exégèse coranique arabes, "كَوَاعِبَ أَتْرَابًا" seraient des "seins arrondis des houris" ! Le cheick dans la vidéo ci-dessous n'invente rien bien évidemment. Il répète juste ce qu'il a lu dans les livres et n'importe quel imam dans le monde dira la même chose ou rien !

Dans son livre, Christoph Luxenberg nous apprend autre chose... كَوَاعِبَ' est une description du paradis. Le mot "الجنة" vient du Syriaque et "كَوَاعِبَ أَتْرَابًا" signifie "paradis entouré de murs sous forme cubique"

Vidéo sous-titrée en Fr

Sourate Al Kawthar, 108

Un autre exemple assez convainquant dans le livre de Luxenberg est celui de l'explication de la sourate Al Kawthar.

سورة الكوثر، 108 : "إِنَّا أَعْطَيْنَاكَ الْكَوْثَرَ (1) فَصَلِّ لِرَبِّكَ وَانْحَرْ (2) إِنَّ شَانِئَكَ هُوَ الْأَبْتَرُ (3

[Sourate [Al Kawtar 108] : "Nous t’avons certes, accordé l’Abondance, Accomplis la Ṣalāt pour ton Seigneur et sacrifie. Celui qui te hait sera certes, sans postérité"

Dans les "taffasirs" // "exégèses coraniques", on trouve une multitude d'explications du mot Kawthar. Par exemple dans les commentaires tirés de tafssir ibn Kathir :
  • "al Kawthar" : "« est une rivière au Paradis dont les deux bords sont couverts de dômes en perles creuses, son sable de musc, ses cailloux de perles, ses cruchons sont aussi nombreux que les étoiles, son eau est plus blanche que le lait, sa saveur plus douce que le miel, des oiseaux y viennent se désaltérer dont les cous ressemblent à ceux de chameaux".
  • "Celui qui te hait sera sans postérité" // " شَانِئَكَ هُوَ الْأَبْتَرُ" : « Quand on évoquait le nom du Messager de Dieu -qu’Allah le bénisse et le salue- devant Al As Ben Waël, il s’écriait: «Laissez-le c'est un homme sans postérité, quand il mourra, personne ne perpétuera son nom ». Dieu à cette occasion révéla cette sourate".
Tous les chercheurs islamologues, ou presque, reconnaissent que cela ne fait pas sens. La définition d'al Kawthar est un "Ijtihad" fait 200 ans après la révélation. Et en plus, dans le dernier verset de la sourate, on a du mal à comprendre comment le Créateur peut insulter un homme (Al As Ben Waël) qui serait sans descendance en sachant que c'est lui qui l'a créé ainsi !

L'explication de Luxenberg :

Il rappelle que le mot "kawthar" en Syriaque est "Kuttara" qui signifie "persévérance" ou "détermination". Le mot "sacrifie" // "انْحَرْ" viendrait du mot Syriaque "Njjar" // "انجر" qui signifie "continuité" ou "suivi". Enfin, le mot "abtar" // "ابْتَرُ " doit être ré-écrit en "atbar" // "اتبر" (problème de signes diacritiques faussement posés sur le mot) qui viendrait du verbe Syriaque "تبار" // "tbar" et qui signifie "être vaincu".

Ainsi, Luxenberg redonne de la cohérence au texte coranique et la sourate devient en parfaite harmonie dans le contexte d'une nouvelle religion émergente : 
« Nous t'avons donné [la vertu] de la persévérance ; / Prie donc ton Seigneur et persiste [dans la prière] ; / Ton adversaire [Satan] est [alors] le vaincu. »

Le mot "Coran" // "القرآن"

Jalal Eddine Al Suyuty // "جلال الدين السيوطي", dans son livre "la perfection dans les sciences coraniques" // "الاتقان في علوم القرآن" explique que le mot "قرآن" // "Coran" est un nom propre qui n'a pas de racine dans le verbe arabe "قرأ" // "lire" (voir, Vol 2, page 339). Le mot "Coran" // "قرآن"" aurait été inspiré du mot syriaque "Qyriane" // "قِرْيَان" qui signifie "lectionnaire" c'est-à-dire "le livre liturgique contenant les passages des textes religieux lus à l'occasion des cérémonies religieuses".
Rappelons aussi qu'au début du 7e siècle, il n'y avait pas de "hamza" // "الهمزة" sur la lettre "alif" dans le mot "Coran" en arabe.

Le mot "Furqaan" // "الفرقان"

La sourate 25 du Coran porte le nom de "Furqaan" et on lit ce mot (entre autres) dans le premier verset de cette sourate :
سورة الفرقان 1:25 "تَبَارَكَ الَّذِي نَزَّلَ الْفُرْقَانَ عَلَىٰ عَبْدِهِ لِيَكُونَ لِلْعَالَمِينَ نَذِيرًا
[Sourate Al Furqaan 25:1] : "Qu’on exalte la Bénédiction de Celui qui a fait descendre le Livre de Discernement sur Son serviteur, afin qu’il soit un avertisseur à l’univers"

Les exégètes orthodoxes avaient expliqué que le mot "Furqaan" signifie "Coran" mais sans donner d'explications plausibles. Luxenberg montre dans son livre que le mot est syriaque et il s'écrit "Furqana" qui signifie "rédemption" // "الخلاص". Ce mot serait prononcé encore aujourd'hui par les populations des chrétiens d'orient comme dans la région de Maaloula en Syrie.

Milk al Yamin // "ملك اليمين"

Sur cette question de Milk al Yamin, les islamologues progressistes ont toujours eu de très longs développements qui montrent seulement leur embarras. Les commentateurs orthodoxes indiquent que le sens du verset 4:3 est clair : "ou des esclaves que vous possédez" signifie que les hommes qui ont des esclaves femmes // " إماء" peuvent avoir des rapports sexuels avec elles.

سورة النساء 3:4 : "فَإِنْ خِفْتُمْ أَلَّا تَعْدِلُوا فَوَاحِدَةً أَوْ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ
[Sourate Nissae 4:3] : "[..] si vous craignez de n’être pas justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez [..]"

En arabe, le mot "مَلَكَ" dans ce verset signifie "posséder" tandis que sa signification en syriaque est "promettre". En plus le mot "أَوْ" en arabe se traduit en "ou" mais en syriaque le mot se prononce "Ahou" qui signifie "c'est à dire" ou bien "qui veut dire".

Ainsi, avec une lecture syriaque, le verset change complètement de sens et devient selon Luxenberg : "[...] alors une seule, c'est à dire celle à qui vous avez promis le mariage [...]"

Sourate Yussuf 12:16

Un autre exemple spectaculaire qu'on peut trouver dans le livre de Luxenberg est l'explication du mot "عِشَاءً" dans le verset [Yussuf 12:16] :

   سورة يوسف 16:12 : "وَجَاءُوا أَبَاهُمْ عِشَاءً يَبْكُونَ
[Sourate Yussuf 12:16] : "Et ils vinrent à leur père, le soir, en pleurant."

Luxenberg remarque que le mot "عِشَاءً" expliqué par Tabari et repris par tous les commentateurs est "soir" ou "nuit". Il remarque surtout que dans tous les autres versets du Coran où il y a le mot "nuit" le mot arabe utilisé est "عَشِيا" (versets Maryam 19:11 et 61; Roum 30:18; Ghafer 40:46). 

Par conséquent, en considérant que la "hamza" // "ءً" n'existait pas sur les premiers manuscrits et que le mot original est "عسا", et en suivant sa méthode expliquée plus haut, Luxenberg a proposé une autre manière de mettre les "signes diacritiques" // "تنقيط" sur ce mot qui devient "غِشَّا" // "tricherie". Ainsi, le nouveau mot se marie très bien dans le contexte (la tricherie) de cette histoire racontée dans sourate Yussuf.

Sources :
- The Syro-Aramaic Reading of the Koran: A Contribution to the Decoding of the Language of the 
Koran (English-language edition (2007)) by Christoph Luxenberg
- Compte-rendu en français de l'ouvrage de C. Luxenberg paru dans la revue Critique – Avril 2003
- https://www.youtube.com/watch?v=2CkVhyHpf8o (une vidéo intéressante avec deux spécialistes des langues anciennes orientales sur le livre de Christop Luxenberg
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